Le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Boubacar Diané, était l’invité de la troisième édition de l’émission Mali Kura Taasira, enregistrée en plein air sur le site de la centrale thermique de Sirakoro. Dans cet entretien exclusif, il a dressé un état des lieux sans complaisance de la crise énergétique et hydrique au Mali, tout en exposant les solutions mises en œuvre pour une sortie durable de cette situation.
Justifiant le choix du lieu de l’émission, le ministre a tenu à rendre hommage aux agents d’Énergie du Mali (EDM-SA) qui, selon lui, se battent quotidiennement pour assurer la fourniture d’électricité, malgré des conditions difficiles. Pour Boubacar Diané, l’accès à l’énergie et à l’eau est un droit fondamental, un pilier du développement économique, social et humain. « Sans énergie, point de production ; et sans production, pas de développement », a-t-il martelé.
Depuis sa prise de fonction en novembre 2024, le ministre dit avoir hérité d’un secteur électrique en crise aiguë. Il a aussitôt lancé un plan d’urgence visant à assurer une couverture de 80 % de la demande en électricité pendant le Ramadan. Un pari qu’il estime réussi grâce à la mobilisation du gouvernement, du personnel d’EDM, des banques, des fournisseurs, mais aussi de la population.
L’amélioration constatée dans la desserte, passant de 6 à 19 heures d’électricité par jour, témoigne, selon lui, de l’efficacité de ce plan. Néanmoins, il reconnaît que des réformes de fond sont nécessaires pour sortir définitivement de cette crise. Ces réformes s’inscrivent dans une stratégie à court, moyen et long termes, articulée autour d’une transition vers un mix énergétique plus durable.
Actuellement, EDM produit l’électricité à 295 Fcfa le kilowattheure et la revend à 100 Fcfa, un déséquilibre comblé en partie par l’État. Pour inverser cette tendance, le gouvernement mise sur une montée en puissance du solaire. Trois grandes centrales sont en construction à Safo, Sanankoroba et Tiakadougou, avec une capacité cumulée de 400 mégawatts. Objectif : passer d’un mix actuel de 70 % thermique à 70 % renouvelable.
Concernant le Fonds de soutien aux infrastructures de base, alimenté notamment par les sociétés de téléphonie, le ministre a révélé qu’il n’a pas encore été mobilisé par son département, bien qu’il puisse à l’avenir contribuer au financement de projets énergétiques.
S’agissant de l’accès à l’eau potable, le ministre a évoqué plusieurs projets de construction de stations de traitement, notamment à Bamako et Kayes, ainsi que le Projet d’appui à la sécurité de l’eau au Mali (Pasema), signé avec la Banque mondiale et en attente de ratification. Il a également alerté sur la dégradation croissante des cours d’eau, due à l’orpaillage illégal et à un manque de coordination multisectorielle. Des actions concertées sont en cours avec les ministères de l’Environnement, des Mines et de la Justice.
Enfin, le ministre Diané a lancé un appel à la citoyenneté et au patriotisme énergétique. Il a exhorté les Maliens à une consommation responsable de l’électricité et de l’eau, soulignant l’importance de préserver ces ressources vitales. « Nous avons tous un rôle à jouer dans la construction d’un Mali énergétiquement souverain », a-t-il conclu.
Ibrahim Kalifa Djitteye
