C’est un signal d’alerte adressé à l’ensemble des institutions de la presse malienne. L’Assemblée générale extraordinaire du cadre de concertation ASSEP-Groupe-UNAJEP, tenue samedi 12 septembre 2026 au siège de l’ASSEP, a mis en lumière une fracture institutionnelle qui couvait depuis plusieurs semaines : les principales organisations de la presse écrite privée estiment avoir été tenues à l’écart de décisions majeures qui engagent directement leur secteur.
Deux dossiers étaient au cœur des débats : la création d’un organe d’autorégulation des médias — le Conseil des pairs — et la relecture de la Convention collective de la presse datant de 2008. Dans les deux cas, les faîtières reprochent à la Maison de la Presse d’avoir engagé des processus sans les consulter préalablement, en dehors des procédures établies.
Le président de l’ASSEP, Boubacar Yalkoué, qui a pris la parole au nom des trois organisations, a choisi ses mots avec soin mais sans ambiguïté. « Cela s’apparente à l’action de raser la tête de quelqu’un en son absence », a-t-il déclaré pour qualifier une démarche qui, selon lui, ne respecte pas les prérogatives des organisations représentatives de la profession. Une formule percutante qui traduit non pas de l’hostilité, mais une exigence de méthode et de respect institutionnel.
Sur l’autorégulation, Boubacar Yalkoué a rappelé qu’une première commission avait déjà été mise en place en 2025 sur ce dossier, présidée par le premier Vice-président de la Maison de la Presse. Cette commission avait travaillé jusqu’en septembre 2025 avant de suspendre ses travaux. Une nouvelle commission a été constituée sans que les membres de la précédente soient consultés sur les conclusions de leurs travaux. Le président de l’ASSEP a posé les questions qui fâchent : qu’est devenu le travail de la première commission ? Quel en est le bilan ? Sur quelle base ses documents ont-ils été repris ?
« L’ASSEP n’est pas opposée à l’autorégulation. Bien au contraire. Nous sommes demandeurs d’un véritable mécanisme d’autorégulation de la presse. Mais nous voulons un Conseil des pairs qui soit véritablement l’émanation de la profession, construit dans la concertation. »
— Boubacar Yalkoué, président de l’ASSEP
Sur la Convention collective, l’argumentaire juridique est précis. L’article 2 du texte en vigueur prévoit des modalités spécifiques de révision : préavis de trois mois, saisine des parties signataires, présentation d’un nouveau projet d’accord. Ces dispositions n’auraient pas été respectées. Et la Maison de la Presse, qui n’est pas signataire de cette Convention, voit sa légitimité à engager seule cette procédure questionnée.
Cette AG est le résultat direct d’une lettre conjointe adressée en juillet au Premier ministre, dans laquelle les trois organisations avaient déjà signalé les difficultés économiques du secteur et leur volonté de dialoguer avec les autorités. La mobilisation de samedi traduit la même logique : les bureaux ne peuvent pas décider seuls de questions qui engagent l’avenir de toute une profession. C’est aux mandants — les directeurs de publication — de trancher.
Kémoko Diabaté
