Derrière le débat sur les procédures et les prérogatives, il y a une réalité que le président de l’ASSEP a eu le courage de nommer clairement samedi devant l’Assemblée générale extraordinaire des trois faîtières de la presse écrite privée : le secteur est en une crise, profonde, structurelle et largement silencieuse.
L’aide à la presse accuse des années de retard. Les contrats publicitaires se raréfient dans un marché où la concurrence des supports numériques et des réseaux sociaux capte une part croissante des budgets communication. Les revenus baissent. Les charges augmentent. Et nombre d’entreprises de presse peinent simplement à assurer leur survie quotidienne. C’est dans ce contexte que se posent les questions de la Convention collective et de l’autorégulation.
Le raisonnement de Boubacar Yalkoué est économiquement implacable : « Une entreprise de presse économiquement asphyxiée ne peut durablement offrir de meilleures conditions à ses travailleurs. » On peut vouloir améliorer les salaires, renforcer la protection sociale et garantir de meilleures conditions de travail aux journalistes. Mais si les entreprises qui les emploient sont en train de mourir, la Convention collective la mieux rédigée du monde n’y changera grande chose.
C’est pourquoi les faîtières posent deux combats en parallèle : améliorer les conditions des travailleurs, certes, mais aussi sauver et renforcer les entreprises qui les emploient. Ce qui suppose un plaidoyer renforcé auprès de l’État sur l’aide à la presse et pour que les marchés publicitaires institutionnels soient répartis de façon plus équitable et que le secteur bénéficie d’un cadre fiscal et réglementaire adapté à ses réalités.
La presse écrite malienne informe, alerte et éduque. Mais elle le fait souvent dans des conditions économiques que ses propres lecteurs ignorent.
Kémoko Diabaté
