L’idée est ancienne. Elle revient régulièrement dans les débats sur la presse malienne, sans jamais tout à fait aboutir. Samedi 12 septembre, elle s’est retrouvée au cœur de l’Assemblée générale extraordinaire des faîtières de la presse écrite privée : comment doter le Mali d’un organe d’autorégulation des médias qui soit véritablement légitime, efficace et respecté de tous ?
Le Conseil des pairs, tel qu’il est envisagé, ambitionne de créer un mécanisme par lequel la profession se régule elle-même, sans attendre que l’État ou la justice interviennent. Une instance capable de recevoir les plaintes du public, d’examiner les manquements à l’éthique journalistique et de prononcer des recommandations ou sanctions professionnelles. Une telle instance existe dans de nombreux pays africains et occidentaux, avec des résultats reconnus en termes de restauration de la confiance entre les médias et leur audience.
Le président de l’ASSEP l’a dit sans détour : son organisation est non seulement favorable à ce mécanisme, mais le réclame. Il figure d’ailleurs dans le plan d’action triennal de l’ASSEP. Ce qui pose problème, c’est la méthode. Une commission mise en place en 2025 avait déjà travaillé sur le sujet pendant plusieurs mois avant de suspendre ses travaux. Une nouvelle commission a été constituée sans que le bilan de la première soit rendu public. Résultat : la profession se retrouve devant un processus dont elle ne maîtrise ni les bases ni la continuité.
Pour que le Conseil des pairs soit crédible, il doit être l’émanation de toutes les composantes de la profession — journalistes, éditeurs, organisations professionnelles — et bénéficier d’une légitimité construite dans la concertation. Un organe imposé d’en haut, sans l’adhésion des principaux acteurs concernés, risque de n’être qu’une coquille vide. L’histoire des institutions de régulation en Afrique de l’Ouest en offre de nombreux exemples.
Le débat de samedi aura au moins eu ce mérite : clarifier que le principe fait consensus. C’est sur la méthode et le processus que les discussions doivent maintenant se concentrer.
Kémoko Diabaté
