La faim, un fléau du siècle, décime la race humaine bien plus que le Corovavirus. Tandis que des gens meurent par milliers dans les pays du Sud, au Nord, au contraire, c’est l’opulence amassée des riches qui narguent la vie au quotidien des pauvres. Un peu de pain, hélas, un rêve encore inaccessible pour des milliers de damnés dans les pays du Sahel, contraints à dormir le ventre creux parce que 80% des populations de cette zone, qui cultivent la terre, n’arrivent pas à nourrir tout le monde.
Nul n’ignorera à quel point le riche a trait la vache du pauvre dans ce pays. Il s’en est engraissé, alors que le pauvre s’amaigrissait. Le riche a pris la vache du pauvre, a trait le lait, en le lui revendant par la suite. Il a racheté les riches terres de l’Office du Niger, laissant nos braves paysans sans ressources. Des paysans ont été spoliés de leurs terres, n’ayant plus d’autre choix que de quitter leurs villages et campagnes pour emprunter les routes de l’exode.
L’exploitation de la misère est perceptible à tous les échelons de la vie quotidienne au Mali. D’abord, dans la cellule de base de la société qu’est la famille, le pauvre est marginalisé : « Mieux vaut un riche qui ment qu’un pauvre qui dit la vérité. » L’argent devient dangereusement le seul gage de respect dans nos traditions. La voix des ainés ne compte plus. Seul l’argent d’un frère cadet arrogant rassemble. Ensuite, en dehors des familles, au cœur de la politique, la pauvreté des autres est exploitée par les uns pour se maintenir au pouvoir : « Je vote, tu votes, eux s’enrichissent », telle est la triste réalité du Mali surtout en temps de campagnes électorales.
Affamés de tout acabit : unissez-vous ! Car, quand les autruches lèveront la tête… l’ordre national changera. Tant pis pour ceux qui remettront leur destin entre les mains des autres. C’est seulement quand l’affamé pourra contrôler sa faim et se libérer des servitudes matérialistes, qu’il s’affranchira. Car le plus important ne réside pas dans la nourriture du corps, l’esprit prime. C’est la geste de l’esprit qui accouche des changements profonds pour l’avenir, dans la douleur, les grincements de dents, les larmes. C’est aussi par l’esprit que les hommes se libèrent. C’est par l’esprit que nous devons donc triompher et gagner durablement la paix et le développement au Mali.
Au Mali, la faim est une arme fatale. Au nom du ventre, on sacrifie le bas-ventre et parfois la dignité. « Pourvu que je mange avec ma famille », comme si on n’allait pas mourir un jour. On avale gloutonnement les valeurs de nos traditions entre deux élections. On promet l’impossible aux électeurs. En mangeant, on vole l’argent du peuple et on se paye les filles du »bas peuple ».
Lors des consultations électorales, il suffit de distribuer de l’argent ou des tee-shirts, sans oublier le bon «zamè» en bonus, pour voir affluer par lots des électeurs. En distribuant du riz aux populations pour influer sur leur choix, on détruit, sans le savoir, l’espoir d’un changement pour les générations à venir. Du père au fils, de la mère à la fille, de l’orphelin aux riches héritiers, l’espoir de bâtir une nation forte et juste se dissipe comme la brise matinale au fur et à mesure que luit le soleil dans son horizon lointain. Les chantiers spontanés, le développement artificiel, les performances économiques sur mesures ne sont que du vernis pour cacher notre laideur. On ne gouverne pas un peuple en achetant sa conscience comme on s’acquiert du bazin à Rail-da.
Nous voulons du riz, le riz de l’esprit, notre carburant qui alimentera notre combat : c’est le riz de la connaissance qui envahira en poussant les rizières de l’ignorance. Si la jeunesse malienne dans sa composante consciente goutait à ce riz, elle constituerait une force incontournable qui changera sa propre destinée, et peut-être même… celle de l’humanité.
Henri Levent
Source : LE PAYS
