Un événement survenu en ce début de semaine m’amène à sortir du silence que je m’étais imposé depuis un moment afin à la fois de prendre un peu de Hauteur sur les circonvolutions du Mali et du monde et d’approfondir certaines réflexions.
Cet événement, que dis-je, ce séisme c’est la condamnation en première instance de l’ancien président de la France Nicolas Sarkozy, à de la prison ferme pour corruption et trafic d’influence.
C’est une première dans l’histoire de la 5ème république, bien qu’avant lui d’autres personnalités politiques d’envergure à l’instar de Chirac, Balladur ou Fillon, ont eu maille à partir avec la justice mais sans pour autant avoir pris une telle peine.
Au vu des éléments à charge qui, sous d’autres cieux, passeraient pour une vétille voire de la mesquinerie de bas étage, on ne peut qu’être admiratif de l’institution judiciaire hexagonale qui assurément installe sur le même piédestal le manant et le puissant et reste extrêmement tatillonne en matière de prévarication.
On se surprend à rêver d’une telle possibilité dans nos contrées, mais à rêver seulement tant ce standard est à des années lumières du notre.
En tous les cas, ce qu’il faut retenir de cette décision de justice, c’est d’une part que là-bas, nul n’est au-dessus de la loi et qu’en particulier, ceux qui ont eu à exercer des responsabilités publiques peuvent, en cas de manquements, être rattrapés et punis, et d’autre part, que la justice reste le pilier central de la démocratie, de la bonne gouvernance et du vivre ensemble.
Oublier cette antienne ou feindre de l’ignorer entraîne inexorablement le pays qui s’y essaye vers les tréfonds de l’injustice avec son corollaire de corruption, de gabegie, de népotisme, de détournement de deniers publics, d’exploitation de l’homme par l’homme.
Au Mali nous en savons quelque chose.
Ainsi, c’est de la justice que s’érige et se consolide le socle d’une nation et c’est de son effilochage que s’instaure l’anarchie et la décadence qui va avec.
Mais une institution c’est avant tout les hommes qui l’incarnent. Elle ne vaut que par la qualité des hommes et des femmes qui l’animent.
Nous restons admiratifs de ces grandes nations qui ont compris et érigé en dogme le rôle central de la justice et qui en tirent tous les bénéfices sur tous les plans.
La justice c’est l’alpha et l’oméga. C’est autour d’elle que se bâtit tout le reste.
Comment ne pas être jaloux, envieux et en même temps admiratifs de ces grands juges qui ont fait la fierté de leur corporation et de leur pays ? Les Eva Joly dans l’affaire ELF, les Eric Halphen dans celle des HLM de Paris, le Juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, les juges anti mafia Falcone et Borsalino qui donné leur vie à leur métier, etc.
Plus près de chez nous, comment ne pas citer le juge kenyan David Maraga qui a invalidé en 2017 la réélection du président Uhuru Kenyatta pour irrégularité, une première dans l’histoire africaine ; et la dame de fer du Benin Elisabeth Pognon qui s’est particulièrement illustrée lors de la défaite du président Soglo. Et que dire de Salifou Fatimata Bazeye qui a dit non au « tazartché » de Mamadou Tandia du Niger.
Pour tous ces courageux africains contre lesquels les pouvoirs en place ont tenté toutes sortes d’intimidation et dont certains ont perdu la vie et d’autres vivent encore en exil loin de leur patrie, il convient de leur rendre un hommage appuyé et d’affirmer que malgré le voile jeté sur leurs actions, ils demeurent dans la conscience collective et contribuent à maintenir allumée la flamme de l’espoir. L’espoir qu’une masse critique d’hommes de loi émergera et installera la justice au firmament des institutions en la rendant imperméable au pouvoir de l’argent, de la politique, des lobbys, pour qu’enfin soit mis fin aux abus de toutes sortes auxquels nous assistons quotidiennement et à l’impunité.
Mais être un homme de loi n’est pas une simple question de formation. C’est un véritable sacerdoce qui exige une conscience aiguë de la charge et du devoir. C’est surtout accepter de placer sa conviction et son engagement au-dessus de la peur et de la tentation.
C’est cette nouvelle race d’hommes de loi que nous appelons de nos vœux afin que nous nous attelions véritablement à bâtir une société plus confiante, égalitaire, équilibrée, prospère et résolument tournée vers l’essentiel.
Tel est mon crédo !
NB : le surtitre et le titre sont de notre rédaction
