Présentées comme des alliées contre la fatigue, les boissons énergisantes sont de plus en plus consommées, notamment par les jeunes. Riches en caféine et en sucre, elles peuvent pourtant avoir des effets néfastes sur la santé lorsqu’elles sont consommées en quantité ou de manière régulière. Interrogé par nos soins, le Dr Alamine Alassane Touré revient sur leur composition, leurs effets et les précautions à prendre.
Elles sont vendues comme des boissons capables de donner un regain d’énergie et de réduire la fatigue. Pourtant, derrière cette promesse se trouvent principalement de fortes concentrations en caféine et en sucre. Pour le Dr Alamine Alassane Touré, il est important de mieux connaître ces produits afin d’en limiter les risques.
Selon le médecin, les boissons énergisantes sont des boissons sucrées et généralement gazeuses, riches en caféine et en stimulants. Elles se distinguent des boissons pour sportifs, dites isotoniques, qui sont destinées à la réhydratation et ne contiennent pas de caféine.
Expliquant la composition des boissons énergisantes, le Dr Touré indique que chaque canette de 250 ml contient environ 80 mg de caféine, tandis qu’un format de 500 ml peut en contenir 160 mg ou davantage, soit l’équivalent d’une à deux tasses de café. À cela s’ajoute une quantité importante de sucre : environ 27 grammes pour 250 ml, soit six à sept morceaux de sucre, et plus de 50 grammes pour 500 ml.
Ces boissons, dit-il, peuvent également contenir de la taurine, du guarana, qui apporte lui aussi de la caféine, du ginseng, des vitamines du groupe B, ainsi que des acidifiants, des colorants et, pour certaines versions sans sucre, des édulcorants.
« Elles ne sont pas un poison à petite dose chez un adulte en bonne santé, mais elles n’apportent aucun bénéfice réel », explique le Dr Alamine Alassane Touré. Selon lui, c’est surtout « la quantité, la fréquence et la personne qui consomme » qui déterminent le niveau de risque.
Pourquoi ressent-on alors un regain d’énergie après avoir consommé ces boissons ? À cette question, le Dr Alamine Alassane Touré explique que la caféine bloque l’adénosine, une molécule qui signale la fatigue au cerveau, tout en stimulant la production d’adrénaline. Le sucre, lui, entraîne une hausse rapide de la glycémie.
Le consommateur se sent ainsi plus éveillé, mais la fatigue n’est pas réellement supprimée. Elle est seulement masquée. Lorsque l’effet s’estompe, la fatigue peut revenir plus fortement. Tout en soulignant que la vraie énergie vient de l’alimentation, de l’eau et du sommeil, le médecin souligne également ce point.
« La consommation de boissons énergisantes peut provoquer des palpitations, une accélération du rythme cardiaque, une hausse de la tension artérielle, de l’insomnie, de la nervosité, des tremblements ainsi que des maux de tête et de ventre. À forte dose, elle peut entraîner des troubles du rythme cardiaque, des malaises et, plus rarement, des convulsions », prévient le Dr Touré.
Il continue en ces termes : « Une consommation régulière peut également favoriser le surpoids, le diabète de type 2, l’hypertension, les caries et l’érosion des dents. Elle peut aussi contribuer aux troubles chroniques du sommeil, à l’anxiété et à une dépendance à la caféine. Un cercle vicieux peut alors s’installer : la personne consomme ces boissons pour combattre la fatigue, mais la caféine perturbe son sommeil et peut finalement aggraver cette même fatigue. »
Femmes enceintes et enfants : une vigilance accrue
Chez les femmes enceintes, le Dr Alamine Alassane Touré appelle également à la prudence. La caféine traverse le placenta et le bébé ne sait pas l’éliminer. Une consommation importante peut notamment augmenter le risque de faible poids de naissance et de fausse couche. Le sucre peut également accroître le risque de diabète gestationnel.
La limite recommandée pendant la grossesse est de 200 mg de caféine par jour, toutes sources confondues, notamment le thé, le café, les boissons au cola et les boissons énergisantes.
Chez les enfants, la prudence doit être encore plus grande. Une limite d’environ 3 mg de caféine par kilogramme de poids est évoquée. Ainsi, un enfant de 25 kg peut atteindre cette quantité avec une seule petite canette.
« Agitation, troubles du sommeil, difficultés de concentration à l’école, palpitations, caries et surpoids figurent parmi les conséquences possibles pour les enfants. Pour moi, aucune boisson énergisante ne doit être donnée aux enfants », insiste le Dr Alamine Alassane Touré.
Le mélange avec l’alcool, un autre danger
Concernant l’alcool mélangé aux boissons énergisantes, le Dr Touré laisse entendre que cela constitue un risque important. Il explique que la caféine peut masquer la sensation d’ivresse sans diminuer la quantité d’alcool présente dans le sang. La personne peut alors se croire plus lucide, boire davantage et prendre davantage de risques, notamment au volant ou à moto.
Selon le médecin, ce mélange sollicite également davantage le cœur et aggrave la déshydratation. Il constitue ainsi l’une des associations les plus dangereuses chez les jeunes.
Face à tous ces risques liés aux boissons énergisantes, le Dr Alamine Alassane Touré recommande notamment aux enfants et aux adolescents, aux femmes enceintes ou allaitantes, ainsi qu’aux personnes souffrant de maladies cardiaques, d’hypertension ou de diabète de s’abstenir de ces boissons. La prudence est également de mise chez les personnes anxieuses, épileptiques ou sensibles à la caféine, ainsi que chez celles qui prennent certains traitements médicaux.
À la jeunesse malienne, son conseil est de limiter la consommation à une canette au maximum, de manière occasionnelle et jamais quotidiennement. Il déconseille également leur consommation à jeun, en fin de journée, avec de l’alcool ou pour pratiquer une activité sportive.
Il invite par ailleurs les consommateurs à lire les étiquettes et à tenir compte des autres sources de caféine consommées dans la journée, notamment le thé et le café.
Pour lutter contre la fatigue, le Dr Alamine Alassane Touré préconise plutôt de dormir suffisamment, de boire de l’eau et d’avoir une alimentation équilibrée. Le bissap, le gingembre ou encore le jus de baobab, lorsqu’ils sont peu sucrés, peuvent également être privilégiés.
Aux parents, le message est clair : les boissons énergisantes ne doivent pas faire partie de l’alimentation des enfants.
Tioumbè Adeline Tolofoudié
