Je dois l’avouer : avant ce voyage, j’avais une image bien différente de la Guinée. Une image floue, un peu figée, façonnée par des récits parfois négatifs, souvent loin de la réalité. Je m’étais fait des idées… mais rien ne pouvait me préparer à la surprise que Conakry m’a réservée.
Ce fut une révélation. Un choc positif. Une merveilleuse surprise.
Dès les premiers kilomètres, de Kouremalé jusqu’à Conakry, j’ai été frappé par la qualité des routes : bien entretenues, bien construites, fluides. Loin des idées reçues, ce trajet a été une véritable balade agréable à travers un pays en pleine transformation.
Et puis, Conakry ! Quelle métamorphose ! Les immeubles jaillissent du sol, les étages tutoient le ciel, les infrastructures prennent forme, la ville respire un air de renouveau. On sent que la Guinée avance. Tranquillement, mais sûrement. Elle n’est plus cette nation qu’on disait “non développée”. C’est une autre Guinée que j’ai découverte : ambitieuse, dynamique, résolument tournée vers l’avenir.
Mais au-delà des infrastructures, c’est surtout l’humain qui m’a marqué. La richesse des ethnies – Peulh, Soussou, Malinké m’a profondément émerveillé. Chacune possède sa culture, sa langue, sa musique, sa fierté, et surtout une beauté qui se lit sur les visages. Il y a chez les Guinéens une élégance naturelle, une dignité tranquille, une chaleur humaine qui vous touche immédiatement.
Autre surprise de taille : le comportement exemplaire des policiers et militaires. Pendant tout mon séjour, aucun agent ne nous a interpellés inutilement, aucun sifflement dans les rues, aucune tension. Juste une présence professionnelle, calme et respectueuse. C’est rare, et cela mérite d’être souligné.
Et que dire de la gentillesse des Guinéens, de tous les âges ? Hommes, femmes, jeunes, personnes âgées… tous ont montré une disponibilité sincère. Un jour, notre véhicule, bien chargé, est tombé en panne. Un jeune homme s’est arrêté spontanément pour nous aider, a participé à la réparation, puis nous a guidés vers un garage fiable pour la suite. Ce geste de solidarité simple mais fort reflète l’âme de ce peuple : accueillant, généreux, profondément humain.
Et puis, parlons de l’électricité, un sujet qui a longtemps fait sourire certains pays voisins. Pendant mes huit jours complets de séjour, le courant ne s’est coupé qu’une seule fois… et cela n’a duré que dix minutes. Dix petites minutes. Rien à voir avec l’image d’un pays plongé dans le noir. Là aussi, mes témoins sont formels : Issa Adama Coulibaly, Moustapha Diawara et Youssouf Diallo peuvent en attester. Cette constance dans l’énergie est un signe de progrès concret, vécu, mesuré.
Cependant, tout n’est pas parfait. J’ai eu l’occasion d’échanger avec des journalistes de la presse écrite guinéenne, et leur réalité m’a frappé. Elle ressemble étrangement à celle que je connais dans mon propre pays : précarité, manque de soutien, ressources limitées, difficulté à faire entendre leur voix dans un paysage médiatique dominé par le numérique et les réseaux sociaux. Et pourtant, malgré ces contraintes, ils continuent d’écrire, d’informer, de témoigner par passion, par devoir. Leur courage mérite le respect.
Ce voyage m’a appris une chose essentielle : il ne faut jamais juger un pays à travers les mots des autres. Il faut aller, voir, vivre, ressentir. Et ce que j’ai ressenti en Guinée, c’est une fierté retrouvée, une énergie qui monte, un peuple en marche.
Oui, la Guinée se retrouve. Et elle avance. Lentement peut-être, mais sûrement. Et avec elle, renaît l’envie d’y croire.
Abdourahamane Doucouré
