Culture : Ogobagna comme une piqure de rappel

La tenue du festival Ogobagna de la communauté Dogon a été une retrouvaille pour une population à la croisée de plusieurs mondes. Il suffit de regarder l’apparence des festivaliers pour comprendre que la communauté Dogon se rappelle son histoire glorieuse et reste attachée à son identité originale tout en restant ouvert au monde extérieur. Les Dogons rejettent farouchement la négation culturelle qui a fait du Mali un pays tourné vers d’autres civilisations plus envahissantes.

Ainsi, le festival Ogobagna est le rappel d’une civilisation authentiquement africaine qui est voie de disparition. Peu de jeunes maliens savent encore que les Dogon ont perpétué la tradition « diplomatie culturelle » entre le Mandé et le royaume Ashanti du Ghana. Jusqu’aux premières heures de l’indépendance de l’actuelle République du Mali, des pèlerins Dogons se rendaient au Pays Ashanti en suivant une route marquée de stèles et autres repères physiques dont la connaissance était transmise de génération en générations.

Ogobagna, c’est aussi le rappel de l’unité culturelle de l’espace du Mandé, comme indiqué par l’ethnographe Germaine Dieterlen dans plusieurs de ses livres sur le Mali. En effet, chaque sept ans, des représentants de la royauté Ashanti faisaient le voyage au Mali pour la réfection du toit de la case sacrée de Kangaba. Les Dogon rendaient visite à leurs frères de Kumasi (les descendants de Kuma, en Malinké). Selon certaines versions de la tradition orale, la ville de Kumasi serait fondée par les descendants de Nakomandjan, guerrier parti du Mandé tout comme Werewere Solomani, l’un des ancêtres des Dogon. Il y a même une similitude incroyable entre les chants liturgiques des forgerons Dogon et ceux des forgerons Ashanti. Et c’est en reconnaissance de ce passé que Kuamé Nkruma a baptisé son pays du nom de l’empire du Ghana.

La route qu’empruntaient les Dogon pour se rendre au Ghana est la même qui conduisait les Ashanti au Mandé. L’effondrement des pouvoirs locaux au profit de l’administration coloniale (relayée par celle de la République) et la liquidation des cultes traditionnels ont progressivement fait perdre l’usage de ces voyages entre les terroirs Mandé et Ashanti.

Enfin, Ogobagna est également un cri de cœur de la part d’une population éprise de paix et tolérance. Mais le Pays Dogon reste sujet à des troubles graves qui ont conduit ses habitants à se défendre. Pas plus tard que le lundi 23 janvier 2023 aux environs de 1 heure du matin, le village de Gomossagou, dans la Commune rurale de Lessagou (Cercle de Bankass), a été pris pour cible par des terroristes qui sèment la terreur dans la zone depuis plusieurs années, s’attaquant à l’économie locale.

La population locale, à travers des chasseurs de Dan Na Ambassagou ont organisé une riposte de grande envergure qui ont conduit les assaillants à battre en retraite après plusieurs minutes de combat. Selon des sources locales, les incidents de ce genre sont fréquents dans la zone où les terroristes essayent d’imposer la charia aux populations locales. Pour avoir la paix, certains villages ont finalement signé des accords avec les terroristes qui les empêchaient notamment de cultiver. Et les villages qui essayent de résister sont régulièrement visés. En réponse, la milice Dan Na Ambassagou, essentiellement composée de chasseurs avec à leur tête Youssouf Toloba, organise la résistance.

Toutefois, l’espoir est permis avec tous les efforts en cours pour amener l’entente entre les habitants de la zone. On a vu plusieurs représentants de communautés différentes au lancement des activités de Ogobagna. De plus en plus, on rêve du retour du festival sur le terroir Dogon pour une renaissance des activités culturelle et économiques qui ont fait la réputation et la prospérité du Pays Dogon.

Soumaila Diarra

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