Édito : force doit rester à la loi…

Le Mali serait-il devenu un pays de laisser-aller, de la jungle où les plus forts bouffent les plus faibles ? On n’aura pas tort de répondre par l’affirmatif. L’humiliation est devenue le quotidien des citoyens du fait de l’insouciance et de l’irresponsabilité de ceux-là qui ont en charge de gouverner le pays. A cause de leurs pratiques peu orthodoxes, la République est à terre. L’autorité de l’État n’est qu’un vain mot. Elle ne s’applique qu’aux faibles. Les soi-disant plus forts se sauvent en montrant leur muscle. Et le gouvernement qui doit sanctionner les fauteurs de trouble, tremble devant les plus forts tel un enfant imprudent devant son père.

Si le gouvernement n’assume pas ses responsabilités, une autre crise, plus profonde et plus dangereuse, celle de l’injustice sociale conduira le pays dans le chaos. Et oui, il ne devrait pas y avoir de différence entre les citoyens. Tous devraient être égaux devant la loi. Elle qui est synonyme de paix et de quiétude, est piétinée aussi bien par les autorités que par certains citoyens se croyant au-dessus de la loi.

Grande a été notre déception quand sous le régime IBK, la convocation de l’imam Mahmoud Dicko a été annulée à cause de la pression de ses militants. Une République s’était donc affaiblie devant un simple citoyen, un justiciable.

Le 2ème cas humiliant, c’est lors de la convocation de deux imams au Camp I de Bamako suite à une plainte. Là aussi, les soutiens à ces personnalités se sont mobilisés pour influencer, intimider la justice. Pire, un membre du gouvernement qui devrait condamner l’acte était parmi les manifestants.

Le dernier, c’est la libération du commandant de la force antiterroriste, le commissaire Oumar Konaté après son placement sous mandat de dépôt dans l’affaire des tueries du 10, 11 et 12 juillet 2020 suite aux manifestations du M5-RFP. Son placement sous mandat de dépôt a suscité la colère de la police qui a réclamé sa libération immédiate. Des tirs de sommation ont été faits, selon plusieurs sources, par des éléments de police, lors de cette manifestation. Ce qu’il faut vigoureusement condamner. Mais selon des responsables syndicaux des surveillants de prison, le commissaire Samaké a été libéré avant l’arrivée des policiers manifestants devant la MCA. Qui l’a donc libéré ? Les autorités ne sont-elles pas au courant ? Dans tous les cas, il y a eu obstruction à la justice. Et c’est le gouvernement qui l’a favorisé parce qu’il a instauré le laisser-aller. C’est vrai, la population a dénoncé le comportement de la police, un auxiliaire à la justice d’agir ainsi. Elle a mal agi certainement. Mais il faut se poser certaines questions : qui a donné l’ordre à la FORSAT d’intervenir ? Qui était ministre de la Sécurité et de la Protection civile au moment des faits ? Qu’en est-il de la responsabilité des leaders du M5-RFP qui ont fait sortir les militants ?…

L’erreur de la police, c’est de s’emporter et sortir pour s’opposer à la justice. S’ils ne sont pas d’accord avec la procédure, ils pouvaient la dénoncer à travers des manifestations pacifiques. Ils pouvaient aussi demander à ce que les autres parties, ceux qui ont donné l’ordre à la FORSAT d’intervenir sur le terrain et ceux qui ont appelé à manifester, soient poursuivis.

Mais dans tous les cas, c’est le gouvernement qui n’a pas assumé sa responsabilité. Et si cette pratique n’est pas combattue, elle risque de conduire le Mali au chaos. Donc les autorités doivent choisir entre le respect de la loi et le chaos.

Boureima Guindo

Source : LE PAYS

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