Édito : Les erreurs que le Mali doit éviter

La prolongation de la transition au Mali est au cœur des débats depuis quelques semaines. La majorité de la classe politique, une partie de la société civile et la communauté internationale, notamment la CEDEAO, disent niet à toute prolongation de la transition. Ceux-ci ne souhaitent pas accorder même un jour de plus aux autorités de la transition après les 18 mois. Ce camp estime que le gouvernement doit tout faire pour organiser l’élection présidentielle dans six mois et laisser le soin au président légitime pour les reformes importantes annoncées. Ils ont leur raison, car 18 mois, c’est la durée accordée aux autorités par le peuple malien pour la période de la transition. C’est aussi le délai accordé aux autorités transitoires par la CEDEAO. Les autorités se sont engagées à faire non seulement toutes les réformes nécessaires mais aussi organiser les élections pendant cette durée. Cet engagement doit donc être honoré.

De l’autre côté, le gouvernement tient aux réformes politiques et institutionnelles qui, selon lui, sont indispensables pour la refondation de l’État du Mali. Les reformes sont nombreuses : sont-elles faisables en moins de six mois ? Non, en toute franchise. Doit-on aller aux élections sans ces réformes ? Ce serait une décision « suicidaire » pour le Mali, selon le chef du gouvernement, Dr Choguel Kokalla Maïga. En tenant coûte que coûte à la tenue de ces réformes, le gouvernement tient à la prolongation de la transition. Ses soutiens le réclament à travers des manifestations d’ailleurs. Leurs arguments sont aussi convaincants. Mais des deux côtés, le Mali doit éviter des erreurs qui risquent de nous retourner des années en retard ou qui conduiront le pays dans le chaos.

Ceux qui exigent le respect de la durée de la transition, quelles que soient les conditions, doivent se mettre en tête qu’une autre élection bâclée serait fatale pour le Mali. Tout doit être fait pour éviter toute élection sans que les conditions ne soient réunies. Et pour éviter les contestations des résultats des prochaines élections, il faut donner le temps aux gouvernants de mener les réformes nécessaires…

La CEDEAO et les autres partenaires, s’ils souhaitent réellement la stabilité politique du Mali, doivent éviter l’organisation d’élection bâclée, car cela conduira à une autre instabilité, plus grave d’ailleurs. Ils ne doivent pas conseiller le gouvernement à abandonner certaines réformes qui, pourtant, sont nécessaires pour la sortie de crise au Mali.

Quant aux défenseurs de la prolongation, ils doivent savoir que le Mali ne peut se construire, ne peut pas se refonder en si peu de temps. Les autorités doivent donc éviter l’erreur de vouloir tout refaire pendant la transition. Elles doivent revoir leurs ambitions démesurées. Il temps aussi de sortir des discours pour aller dans le concret en termes de réformes politiques et institutionnelles. Les autorités ne doivent pas faire la sourde oreille aux cris de la communauté internationale, dont nous avons besoin énormément, et de la classe politique.

Chacun doit revoir sa position pour que l’essentiel des reformes puisse être fait avant les élections générales. Cela éviterait au pays une autre crise politique.

Boureima Guindo

Source : LE PAYS

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