Gestion de la transition : Le M5-RFP « tué et enterré » par certains de ses membres au goût démesuré pour des postes

Après avoir poussé IBK à la porte de sortie, le M5-RFP, lui-même, est écarté dans la gestion de la transition par les militaires qui ont pris le pouvoir le 18 août dernier. Après la présidence, il vient de rater la primature pour laquelle 14 de ses membres se sont portés candidats. Une seule chose explique cette « fin » tragique de ce mouvement : le goût démesuré pour le pouvoir de certains de ses membres.

« Le M5 est mort de sa belle mort ». C’est maintenant que ces propos de Issa Kaou Djim, coordinateur de la CMAS se confirment. Mais ce qu’il faut ajouter, c’est que « le mouvement vient d’être enterré à Kati. Et ses obsèques ont eu lieu en fin de la semaine dernière ». Ce mouvement qui a tenu face au régime IBK durant des mois vient d’être humilié et discrédité à jamais par le CNSP. Oui, le CNSP qui était déclaré comme partenaire stratégique a parachevé, non seulement le combat du M5 pour un Mali nouveau, mais aussi le M5, lui-même. 

Le M5 trahi par ses propres membres

« Le combat unit, mais le pouvoir divise ». Cette assertion sied beaucoup à la situation du M5-RFP. Le combat pour la chute du régime IBK a uni plusieurs partis et regroupements politiques, syndicats, associations, mouvements, personnalités individuelles au sein du M5-RFP. Mais la gestion de la transition les a divisés. Pendant que certains sont, depuis la chute du président IBK, restés fidèles au mouvement par principe et par respect aux martyrs des 10, 11 et 12 juillet, d’autres ont opté pour leur ventre, des postes dans la transition.

En effet, le CNSP a toujours affiché ce sentiment d’écarter le M5-RFP de la gestion de la transition. Au début, surtout avec les premières concertations avortées, il avait échoué parce que le M5 était uni et était une menace pour le CNSP. Mais qu’est-ce qui s’est, du coup, passé après ? Le CNSP a procédé à la stratégie de « diviser pour mieux régner ». Et heureusement pour les officiers de l’armée malienne, cette méthode a bien marché.

Ils ont eu à créer la division au sein du M5. Les anciens collaborateurs de ce mouvement étaient devenus des adversaires farouches sur les réseaux sociaux et dans les médias. Certains des leaders qui sont restés fidèles au mouvement comme Choguel Kokalla Maiga, Mme Sy Kadiatou Sow…étaient attaqués par d’autres qui sont vite devenus des soutiens « inconditionnels » aux militaires. Est-ce pour le Mali ? Eux seuls savent la réponse à cette question.  Certains responsables, non pas les moindres, ont disparu de la scène. Ils sont devenus, du coup, invisibles pour des actions allant à l’encontre du CNSP. Pendant toute cette période, le mouvement était en train de perdre sa crédibilité aux yeux des populations.

Les conclusions des concertations ont prouvé le malaise dans ce mouvement. Pendant que le mouvement, à travers son président, Dr Choguel Maiga a rejeté les conclusions des concertations, d’autres, surtout Issa Kaou Djim de la CMAS, l’a applaudi. Cette division les a conduits à rater le poste du président de la transition.

Le M5 humilié et discrédité pour la primature

Si le CNSP avait affaibli le M5-RFP depuis le début de leur « dite » collaboration, il l’a « tué et enterré » en fin de la semaine dernière. La junte a proposé la primature de la transition au M5-RFP et lui a même demandé de faire parvenir des CV des désireux à Kati. Est-ce une proposition sincère ou un moyen de « parachever » le M5 ? Goita et ses éléments seuls ont cette réponse. Même si les stratèges politiques comme Choguel Kokalla Maiga, Modibo Sidibé, Oumar Mariko, Mme Sy Kadiatou Sow… ont refusé cette offre, beaucoup de membres influents du mouvement sont tombés dans le piège du CNSP. 14 personnes ont envoyé leur CV pour la primature. Pendant que les Maliens attendaient un de ces 14 nommé Premier ministre, le CNSP dribble le M5 et surprend les Maliens. Il nomme Moctar Ouane, un ancien ministre d’ATT, comme Premier ministre. Ce dernier, bien qu’apprécié par beaucoup, n’est pas du rang du M5. Sa nomination a révolté beaucoup de cadres du M5-RFP qui ont déjà commencé à crier à la « trahison ». Le M5 pourra-t-il revenir encore au monument de l’indépendance pour des manifestations ? Non, puisqu’il est discrédité aux yeux des populations. S’il sort, le peuple dira que son combat n’est pas pour le Mali, mais pour un poste. Tout ce qui peut être retenu, c’est que le temps a donné raison à Issa Kaou Djim qui a annoncé la mort de ce mouvement. Mais qui a tué le M5 ? Est-ce le CNSP ? Non. Ce sont les propres membres du M5 qui ont tué le mouvement par leur goût démesuré pour des postes de responsabilité. Le rêve de certains de ces auteurs de la chute du M5 est de devenir ministre même si la refondation de l’État qu’ils ont réclamé dans le combat contre IBK sera utopique. Si le M5 était resté uni comme il l’a toujours été sous IBK, le CNSP allait être obligé de travailler avec lui.

 Le mouvement va-t-il être encore ridiculisé pour la composition du Gouvernement et du Conseil national de la transition ? Va-t-il, encore à la demande du CNSP, envoyer des CV pour des nominations ou va-t-il rester comme une organisation de veille pour la bonne marche de la transition ? Le temps nous le dira. En tout cas, la sauvegarde du M5-RFP est très difficile parce qu’une crise de confiance est déjà installée entre les membres.

Boureima Guindo

Source : LE PAYS

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