Labass Diakité n’a pas trouvé autre moyen pour se faire des sous que de se faire passer pour un infime alors qu’il se porte à merveille comme un charme. Mais par la suite de circonstances fortuites, la supercherie sera découverte.
Il sillonnait Sébénicoro, Kalabanbougou et Kabala, arborant une piteuse mine pour émouvoir ses victimes. Et il s’en mettait plein les poches, lors de ses randonnées quotidiennes.
Mais comme on a coutume de dire, tous les jours appartiennent au voleur ; mais un seul jour au propriétaire.
Bien avant ce jour fatal, Labass s’était disputé avec une copine qu’il entretenait à grands frais avec le fruit de ses rapines. Et cette dernière, sans rien lui dire, avait décidé de le perdre. Sans nullement se presser, elle attendit patiemment son heure jusqu’à ce 19 octobre où le pot-aux-roses allait être mis à nu.
Mais bien avant, en quoi consistait la stratégie du faux infirme ? Eh bien ; il pliait le bras qu’il attachait avec un bandage, le tout camouflé sous un gros bopubou, ce qui lui donnait l’apparence d’un amputé du bras.
Pour revenir à notre histoire, la dite copine fila notre homme dans ses randonnées, attendant le moment propice… Et au moment où Labass était fort occupé à quémander dans un endroit populeux, elle surgit soudain, le pointant du doigt : « mes ‘’balimans’’, ce prétendu infime que vous avez devant vous n’est qu’un simulateur, un escroc qui veut vivre sur le dos de la société sans rien faire et un partisan du moindre effort. Figurez-vous qu’il est tout aussi valide que vous et moi. Ce n’est nullement un amputé. Si vous voulez des preuves, eh bien, déshabillez-le pour contrôler mes dires. Allez-y, je vous y invite ». Labass tombé des nues demeura interloqué, bredouillant(t des paroles inaudibles. Et la foule sidérée non plus n’était pas en reste…
Se voyant noyé jusqu’au cou, le faux infirme n’eut d’autre solution que de prendre la poudre d’escampette, le gros boubou gonflé derrière lui. Dans son sillage trainait un pied de babouche.
La mendicité devenu un métier ordinaire a acquis ses lettres de noblesse au Mali, si noblesse il y a dans cette pratique de bas étage exclusivement réservée aux handicapés, aux nécessiteux et aux vieillards.
Mais quand des individus respirant la santé par tous les pores commencent à s’y mettre… Cela dépasse tout entendement.
Ben Diakité Ladji de Balzac
