Après avoir passé trois ans et demi à la tête de la primature, Dr Choguel Kokala Maïga, une des plus grandes figures emblématiques du Mouvement du 5 juin Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), est mis sous mandat de dépôt pour « atteinte aux biens publics ». C’est un véritable tournant décisif dans la sphère de la transition dirigée par le Général d’armée Assimi Goïta.
Ces deux hommes ont formé un duo apprécié par certains observateurs. Choguel Kokala Maïga a été la pièce maîtresse de ce régime à un moment donné, il a plébiscité les militaires, les a amadoués, les a qualifiés de « Monebon den ». Il est l’architecte qui a permis de claustrer les partis politiques. Dévoué, il l’était. Il n’a pas hésité à affronter la communauté internationale, il est même allé à dire que l’organisation des élections n’est pas « une fin en soi ».
Malgré une apparence de complicité avec le président de la transition, lors d’un meeting, Dr Choguel Kokala Maïga fait une sortie le 16 novembre 2024 lors de laquelle il a fustigé le pouvoir de l’avoir écarté et a demandé implicitement « la fin de la transition ». Quelques jours après, il est démis de ses fonctions de premier ministre le 20 novembre 2024.
La confiance se brise, la braise s’attise et les « anciens complices » se livrent stratégiquement une bataille médiatique. L’ancien premier fustige indirectement la gouvernance et affiche son désaccord avec les cinq généraux. Dans cet imbroglio, la justice ouvre une enquête pour une affaire de « de détournement du denier public ». Après avoir passé six (6) jours en garde à vue, le mardi 19 août 2025, soit cinq (5) ans et un jour après la chute du président Ibrahim Boubacar Keita, Dr Choguel Kokala Maïga est frappé par un mandat de dépôt.
Au regard de ce qui précède, le pouvoir dévoile une fois de plus l’une de ses faces cachées, les amis d’hier peuvent devenir des ennemis d’aujourd’hui et vice versa. En politique, lorsque les intérêts se divergent, les sentiments se mettent à côté, le passé peut surgir pour être un obstacle et le service rendu peut se retourner contre soi. Certains perçoivent ce mandat comme « un règlement de compte ». De toute façon, que la justice fasse son travail sans planter une once de doute.
Ousmane AMBANA
