Il fut un temps où s’asseoir à table signifiait surtout une chose : être ensemble. On mangeait, on discutait, on racontait sa journée, on riait parfois, on se disputait aussi. La table familiale était un petit espace de rencontre où chacun pouvait prendre la parole. Aujourd’hui, un nouvel invité s’y installe presque systématiquement : le téléphone portable.
À peine le repas servi, certains ne résistent déjà plus à l’appel de l’écran. Une notification, un message WhatsApp, une vidéo ou une publication suffit pour détourner l’attention. Le plat est devant nous, mais le regard est ailleurs. On est assis avec sa famille, mais l’esprit voyage sur les réseaux sociaux.
Le plus étonnant est peut-être que personne ne semble vraiment trouver cela étrange. « Je réponds juste à un message », « je regarde seulement quelque chose », « attends une seconde »… Une seconde qui peut finalement durer tout le repas. Pendant ce temps, les conversations se font rares. Chacun est connecté au monde extérieur, mais parfois moins connecté aux personnes qui partagent sa table.
Le problème n’est évidemment pas le téléphone lui-même. Cet outil facilite la communication, permet de s’informer, de travailler et de rester en contact avec ceux qui sont loin. Mais lorsqu’il s’impose à chaque moment de la vie quotidienne, il peut progressivement prendre la place d’échanges essentiels.
Un repas n’est pas seulement une occasion de remplir son assiette. C’est aussi un moment où l’on peut demander à l’autre comment s’est passée sa journée, écouter une histoire, transmettre une information ou simplement partager un silence. Ces petits échanges peuvent sembler ordinaires, mais ils participent à la vie familiale et sociale.
Alors, faut-il bannir les téléphones de la table ? Pas nécessairement. Il faudrait peut-être simplement retrouver le sens de la mesure. Pendant quelques minutes, mettre son téléphone de côté ne signifie pas se déconnecter du monde. Cela peut, au contraire, permettre de se reconnecter à ceux qui sont juste devant nous.
Car il y a une drôle de contradiction dans notre époque : nous n’avons probablement jamais eu autant de moyens de communiquer, mais nous devons parfois poser nos téléphones pour vraiment nous parler.
Sira Kamissoko
