Les Etats-Unis, de la démocratie à la médiacratie ?

Aux États-Unis, les élections se sont déroulées dans une atmosphère floue et ambiguë. Chacun y fait ses analyses et y interprète à la lumière de son esprit et en fonction de son choix parmi les candidats. Du contenu des élections, je n’y rentrerai pas. Ça m’importe peu. Surtout que je ne possède aucun moyen pour en savoir; je m’abstiens donc à y faire des interprétations littéraires. Cette tâche revient aux institutions américaines en la matière. Mais ce qui est évident, c’est que Donald Trump a rendu les armes sans les avoir utilisés. Il compte les remettre aux seigneurs de guerre, après confirmation du vote par le collège électoral prévu le 14 décembre.

À cet effet, contrairement à l’effervescence populaire, à la campagne médiatique à son encontre, je me distingue des autres, en prenant mes distances vis-à-vis des arguments  légèrs, simples et simplistes. La science en impose, car elle a horreur à des affirmations sans appuie, sans preuves.

Mais avant, il me revient de faire mention qu’au sujet d’analyses des questions politiques et géopolitiques, je ne possède aucune qualité, mais une particularité par rapport aux autres. Ma particularité, contrairement aux autres, c’est que je ne possède exactement aucune science pour en débattre, pour en découdre. C’est pourquoi d’ailleurs, du peu que je peux, je résiste au vent médiatique soufflé et porté par l’opinion publique, c’est-à-dire cette entité qui pense mais ne réfléchit jamais, dont l’action est toujours antérieure à la réflexion, qui ne voit et ne perçoive les choses que sous l’angle de la passion et le sentiment. Et la passion, selon Gaston Bachelard, paralyse la raison, le sentiment la ruine, les émotions l’empêchent de s’affirmer. Par ailleurs, parlant effectivement des médias, une précision doit être de mise : il relèvera de ma part d’une ignorance abyssale et d’une aveuglité intellectuelle d’ignorer et de ne pas voir tout le rôle annonciateur et dénonciateur que jouent certains médias.

Mais facile est de s’abriter derrière le parapluie des médias, de suivre la direction du vent pour ne pas attirer contre soi les foudres de l’harmattan, pour ne pas contredire et porter atteinte à ce que j’appelle à la limite, à la constitution intellectuelle de nos grands analystes qui connaissent tout sauf rien, qui manquent d’esprit critique et laissent influencer leur perception et leur compréhension sur les évènements par des propagandes médiatiques. Bref, revenons et s’en tenons-nous aux faits, suivant le sésame de Pascal « Puisque ce sont les parties qui constituent le tout, je refuse donc de comprendre le tout sans les parties, et non plus de comprendre les parties sans le tout. »

Exactement au sujet de Donald Trump, beaucoup sont ceux qui ont compris les parties sans le tout ; et pour d’autres, le tout sans les parties. Mais pour comprendre les deux, remontons à l’histoire et procédons du simple au complexe, donc du des parties au tout. Pour y parvenir, un rappel, une conscience de l’histoire s’impose.

Sans vouloir pinailler sur les détails de comment et pourquoi les choses ont été montées de toutes pièces, le 17 mars 2011, la résolution 1973 – présentée officiellement par trois pays (la France, la Grande-Bretagne et le Liban) – a été votée. Une résolution que l’OTAN prétendait utiliser pour « instaurer une zone d’exclusion aérienne » et pour « protéger les populations» dites « civiles ». Cependant, dans les faits, la France, la Grande-Bretagne et le Liban n’étaient que des envoyés de ceux qui ont reçu la mission divine de porter la lumière, la civilisation, la démocratie chez les barbares et d’y tester leur nouvelle génération d’armes: les États-Unis. À cet égard, les dépenses militaires affectées dans la guerre de Libye nous en convainquent et nous en disent plus sur la responsabilité première des USA. Ainsi, selon le politologue congolais Patrick Mbeko, dans son ouvrage intutilé « Objectif Kadhafi », la France aurait dépensé 321 millions d’euros, les Britanniques 400 millions et  les Américains près de 2 milliards d’euros. Et au-delà de ces chiffres – qui font l’unanimité ou pas – ce qui est évident et incontestable ce que c’est l’OTAN qui avait été intervenue en Libye, sous mandat de l’ONU. Et les États-Unis, à eux seuls, représentent plus de 60% de décisions et de dépenses militaires de l’OTAN. Par conséquent, ils sont ceux à qui l’on peut pointer du doigt en première position comme responsable de la sale guerre menée en Libye.

Et du fait de cette guerre, livrant le Sahel au fanatisme et à la terreur des groupes armés, les pays du Sahel sont transformés en cimetière. Des milliers des gens y ont été et continuent d’être massacrés, des réfugiés, des orphelins, des tragédies souvent trop douloureuses à décrire. Sans mentionner qu’une  part importante de leurs maigres ressources est affectée dans la lutte contre l’insécurité dont les causes remontent depuis la Libye, affaisée et démenbrée par l’OTAN. Et certains pays, comme le Mali, peine à se relever et le coups d’Etat s’y succèdent depuis toujours et toujours. Bref, le Sahel est devenu, du fait de cette intervention porteuse des nobles idéaux occidentaux, le berceau de  toutes les formes de la barbarie.

Paradoxalement, les Noirs africains qui voyaient et voient toujours en chaque personne portant une peau noire un frère, un parent, à cette époque se trouvait à la tête des États-Unis un de leurs frères, Barack Obama. Et Obama était couplé par un vice-président portant le nom de Joe Biden, une secrétaire d’État nommée Hilary Clinton.

Et puisque le Diagramme d’Ishikawa veut que les causes soient liées aux effets, on peut facilement imputer la responsabilité de tous les malheurs que subissent les pays du Sahel au triple Obama – Biden – Hilary, du fait de poids de leur responsabilité dans la prise de décision dans les instances suprêmes de l’ONU et de l’OTAN. Mais difficile est pour le peuple opprimé de comprendre sa situation, d’en tirer de leçons, puisque ne sachant pas ou incapable d’identifier ses assassins, ceux qui sont responsables de son malheur, disait Naom Chomsky dans son ouvrage intitulé « Occident terroriste :  d’Hiroshima à la guerre de drone »

À présent, revenons au Tout. En 2016, un certain Trump s’était porté candidat aux élections américaines. Face à lui, se trouvait Hilary Clinton, qui avait bénéficié, rappelons-le, tout le soutien d’Obama et de Biden. Ainsi, depuis leur  premier face-à-face, Trump s’était distingué d’elle en condamnant sans détour l’intervention militaire en Libye et celle menée en Irak par les responsables de son propre parti, les républicains. Il fallait une dose d’honnêteté pour en reconnaitre. En effet,  à la suite de cette élection, il a été reconnu gagnant par son adversaire et proclamé comme vainqueur de l’élection par les instances suprêmes juridictionnelles américaines en la matière.

Et depuis son premier discours à la tribune des Nations Unies, il avait clairement exposé sa vision du monde, qui s’inscrivait non pas dans une dynamique de continuité de la politique étrangère guerrière des USA, mais plutôt une rupture de celle-ci (voir son discours sur la tribune de l’ONU pour plus de détails). Donc, contrairement à ses deux prédécesseurs, il n’est pas un partisan du choc de la civilisation : diffuser, importer et imposer par la force des armes notre modèle de démocratie sur les autres ; comme fut le cas d’Irak par Bush, la Libye par Obama. Au contraire, il a procédé par le retrait d’un nombre important des troupes américaines en Syrie, en Libye, en Irak, en Somalie ; des troupes engagées sur les théâtres d’opérations par ses prédécesseurs.

2020, le voici candidat à sa propre succession. Et cette fois-ci, il avait en face de lui un certain Joe Biden. Il s’avère que ce même Joe Biden est celui qui avait ouvertement soutenu la guerre d’Irak en étant sénateur ; et la guerre de Libye, en tant que vice-président. Entre eux, les élections se sont déroulées telles qu’elles se sont déroulées. Je n’y rentrerai pas en détail.

Cependant, rappelons qu’aux États-Unis, ce sont les grands électeurs qui doivent se réunir, quelques semaines après le vote populaire, pour élire ou confirmer la victoire d’un candidat, une forme d’une élection à deux tours (mais le mode du scrutin reste suffrage universel indirect). Donc la reconnaissance des élections, aux USA, n’appartient ni aux médias, ni aux gouverneurs, ni aux cours suprêmes (système fédéral où chaque État ayant sa Cour suprême et ses parlements – chambre haute et chambre basse). Ainsi, le collège électoral ne s’étant pas encore prononcé pour confirmer l’élection, les parlements locaux qui ont, aux yeux de la constitution américaine, toute la légitimité de reconnaître l’élection du président américain – après sa confirmation par le collège électoral – ne s’y sont pas encore prononcés (voir Article II, paragraphe I, et article XII de la constitution des USA). Et malgré la présence de toutes ces structures complexes, ces procédures et mécanismes régulateurs des élections, il a suffi seulement que les médias proclament Joe Biden pour que nous assistions à un tollé de félicitations de la part des grandes chancelleries, excepté quelques-unes.

Mais où se situe exactement le scotome de l’effervescence populaire médiation contre Trump ? Comment peut-on expliquer le mépris qu’éprouvent beaucoup d’Africains et la plupart de grandes chancelleries européennes à son l’égard ? Pourquoi tant d’accusations stériles à son encontre ?

Très généralement, on l’accuse pour deux faits majeurs : pour être cohérent et pour avoir tenu ses promesses électorales. S’il existe un troisième fait, ce serait celui lié à sa prise de position ambiguë en rapport avec le mouvement « Black Lives Matter » La Vie de Noires Compte.

D’abord cohérent, parce qu’il s’adresse toujours directement à son électorat sans passer par les médias. Cela, aux yeux de médias américains, constitue un sacrilège. Ensuite, concernant les chancelleries européennes, il est combattu de part et d’autres pour avoir simplement tenu sa promesse électorale en se retirant de l’accord de Paris sur le climat, de l’accord iranien sur le nucléaire, de l’UNESCO, etc. Y a-t-il quelque chose de plus noble pour un homme politique que de respecter sa parole et ses engagements vis-à-vis de son peuple, que d’inscrire et d’orienter sa politique en fonction de la volonté de son peuple, du programme pour lequel il a été élu ?

Enfin, pour ceux qui concernent les Africains, qui perçoivent sa défaite comme un don du ciel, ils lui désapprouvent très souvent par solidarité à leurs frères américains qui, de tout le temps, subissent des violences policières. Disons-le. Mais savent-ils réellement que ces frères américains ignorent leur existence, qu’ils n’ont aucune connaissance, aucune conscience de l’existence d’un continent qui s’appelle Afrique ? Depuis 2000 à nos jours, selon professeur Bertrand Badie dans une interview disponible sur Youtube intitulé « le crépuscule des grandes puissances », cinquante (50) mille migrants africains dorment au fond de la Méditerranée, aviez-vous attendu parler d’un mouvement qui serait appelé Black Lives Matter et qui, par solidarité manifeste ou désapprouve vos monarques à la tête de vos pays ?

Bref, comme fut le cas d’Obama, nous crions victoire et savourions  l’arrivée de Joe Biden, qui n’a pas tardé à nommer la même Hillary Clinton comme ambassadrice des USA à l’ONU. Donc les mêmes têtes à la tête des mêmes institutions pour revivifier certainement la même politique. On doit, à cet effet, se poser la question existentielle : quel est le prochain pays où ils déposeront leurs troupes pour semer la terreur ?

La réponse, le temps nous en dira !

Belgrade, le 06-12-2010

Sekhou Sidi DIAWARA dit « SERPENT », étudiant chercheur à Sciences-Po de Belgragde, Serbie.

Mail : diawara.sekhousidi@yahoo.fr

Tel : 00 381 63 7294 360

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