Dans la déclaration N°001 du Comité national pour le salut du peuple (Cnsp), une transition politique civile avait été annoncée et cette annonce a retenu l’attention des Maliens. Dans une autre sortie sur une chaîne étrangère, le porte-parole du Comité national de salut public a laissé entendre que la transition sera dirigée soit par un militaire soit par un civil. Cette seconde annonce sonne comme un lapsus annonciateur de la direction de la transition telle que souhaitée.
En ce qui me concerne , je pense que cette seconde annonce est plus proche de la réalité et plus adaptée que la première intervenue aux premières heures du coup d’État, même si cette qualification donne lieu à des débats académiquement intéressants, mais politiquement inefficaces . Ce qui s’est passé n’est autre chose qu’un coup d’État, ce n’est ni une démission ni une destitution. Il faut l’assumer.
Cela dit, nous sommes dans une phase de vulnérabilité aiguë, le désenchantement démocratique est à la hauteur de l’espérance évoquée dans l’hymne national. La rupture de confiance entre les citoyens et la classe politique est totale. Aucune réforme, aucun sursaut ne peut voir le jour sans restauration de la confiance. La société civile dans sa composante politique est peu crédible, sa portion religieuse et associative a été sérieusement malmenée ces deux dernières années. Alors comment rétablir la confiance en s’appuyant sur cette société civile interpellée ? La réponse à cette question nous plonge dans des hypothèses chronophages et peu efficaces.
En revanche, nous avons une organisation militaire plus crédible, avec une doctrine rigide et bénéficiant du soutien populaire du moment. Alors, pourquoi ne pas capitaliser cette masse de confiance en faisant de la société militaire le tiers garant , l’arbitre qui va impulser , accompagner la société civile pour les réformes qui seront dessinées et consolidées de manière inclusive. Un moratoire sur les querelles politiques me semble nécessaire. Chaque société démocratique a sa pratique démocratique. La nôtre doit faire son chemin, identifier ses outils et surmonter ses difficultés, ses peurs et ses travers.
Le rétablissement de la confiance pour la refondation exige deux préalables. Le premier porte sur la restauration de la confiance entre le peuple et les gouvernants. Cela implique d’abord une stricte application des règles dans tous les domaines sur le plan interne et international (respect des règles dans la gestion des hommes et des ressources ainsi que des engagements convenables et convenus avec la communauté internationale).
Ensuite, la tenue d’un langage de vérité. Les Maliens doivent être informés de ce qui est décidé en leur nom tant sur le plan interne qu’avec la communauté internationale. Les cachoteries et atermoiements ont fragilisé l’autorité de l’Etat ; il faudrait dorénavant tenir un langage de vérité, seul capable de soulager et conditionner l’union sacrée.
Ces deux préalables transparaissent tant dans les discours que les premiers actes du Cnsp. Je reste convaincu que la direction militaire de la transition est restauratrice de la confiance. Ce besoin interne de restauration de la confiance sous la direction d’un militaire suscite la peur des représailles de la communauté internationale. On peut s’en inquiéter à juste raison, mais la communauté internationale cède toujours devant les peuples déterminés.
Les condamnations éventuelles de l’idée d’une transition politique dirigée par un militaire doivent tenir compte du fait qu’aucune société ou organisation ne peut survivre sans ses idées, ses rituels. Le travail humain permet à celui qui l’exerce de mettre une part de lui-même dans ce qu’il fait, ce qui le distingue de la machine. Mettons dans cette transition politique une part de nous-mêmes. A l’évidence, le militaire, à ce jour est plus crédible que les acteurs de la société civile malienne tant dans sa composante politique qu’associative.
Le père de la constitution française de 1958 est un militaire, le général De Gaulle, le passage du parti unique à la démocratie au Mali a été fait sous la conduite d’un militaire, l’approfondissement de notre démocratie électorale vers une gouvernance démocratique avec nos militaires s’offre à nous. Notre pays est en guerre, alors rendons nous à l’évidence; Observons une pause politique sous arbitrage militaire. C’est le moindre mal. Tel est mon point de vue. …. Dieu veille.
Abdourhamane Mamata Touré
