Alors qu’il vise à donner des instructions relatives à l’application des mesures de l’état d’urgence contre la propagation de la covid-19, le communiqué publié le 18 décembre par le gouvernement malien a finalement fait réagir les responsables des faitières de la presse. La décision qui, les responsables de la presse, viole les acquis démocratiques, a fait l’objet d’un point de presse ce dimanche, 20 décembre 2020, à la Maison de la presse.
Dramane Alou Koné, président de la Maison de la presse ; Bassidiki Touré, celui de l’Association des éditeurs de presse privée (ASSEP) ; Bandjougou Danté, président de l’Union des radios télévisions libres du Mali (URTEL) et tant d’autres représentants des faitières de presse ont tenu à dire « non » aux mesures liberticides annoncées par les autorités maliennes contre la propagation de la Covid-2019. « Nous sommes là par rapport à un communiqué qui nous a alerté tous. Il s’agit de celui du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation concernant l’état d’urgence », explique le président de la Maison de la presse. Chacun de nous se sent concerné dans cette situation, a-t-il dit, ajoutant ceci : « La loi n’est pas mauvaise en soi, mais c’est le contexte de son application qui pose problème. Les faitières de presse se sont alertées dès qu’on a vu le communiqué du gouvernement. Suite à un communiqué, nous avons donc fait appel à tous pour qu’on puisse réfléchir sur les voies et moyens afin que nous puissions être à l’abri de la confiscation d’un droit fondamental acquis au prix du sang humain en 1991 ».
Pour sa part, le président de l’URTEL précise : « Nous avons appris comme tout le monde via les réseaux sociaux, ce communiqué qui, en soi, ne doit pas poser problème, dans la mesure où on a rappelé les dispositions d’une loi concernant l’état d’urgence ». Mais de l’analyse du communiqué gouvernemental, poursuit Bandjougou Danté, il nous est arrivé de constater que ce contexte précaire de méfiance existant actuellement doit obliger les uns et les autres à s’interroger sur l’opportunité d’un rappel par rapport à la restriction de la liberté en général, et celle de la presse en particulier. « Nous nous sommes demandés en quoi la lutte contre le covid-19 peut donner droit au contrôle des contenus médiatiques et des communications téléphoniques. Nous n’avons pas compris ce communiqué du gouvernement », a-t-il souligné. Aux dires du conférencier, les responsables des faitières de presse n’ont été « ni appelés, et ni associés » à la prise d’une telle décision enfreignant la liberté de presse. Nous ne sommes pas politiques, a-t-il clarifié, nous sommes des médias, « mais nous défendons tout ce qui concerne la démocratie, la liberté, et les droits de l’homme ».
Les responsables des faitières énoncent avoir de plus en plus constaté la remise en cause « catégorique » de la révolution de 1991 via les discours officiels des autorités. Au Mali, ajoute-t-il, il y a des valeurs (acquis de la liberté et de la démocratie) dont personne n’accepte leur mise en cause. Et d’expliquer : « Si c’est une erreur d’accord, si c’est un communiqué classique qui est sorti on peut comprendre. Mais nous n’allons jamais accepter de qui que ce soit la remise en cause de liberté de la presse ».
Que dit le communiqué controversé ?
Publié le 18 décembre 2020, il indique ceci : « Le décret N°2020-0317/PT-RM du 18 décembre 2020 déclarant l’état d’urgence sur le territoire national a été adopté par le gouvernement en application de la loi N°2017-055 du 06 novembre 2017 relative à l’état de siège et l’état d’urgence. Cette adoption a pour conséquence de modifier sensiblement l’exercice des libertés publiques et des libertés individuelles ». L’article 13 de cette loi confère aux autorités judiciaires compétentes ainsi qu’au ministre de l’Administration territoriale ; aux représentants de l’Etat dans les régions, cercles, arrondissements et le district de Bamako le pouvoir d’ordonner des perquisitions en tous lieux de jour et de nuit. En plus, les autorités administratives compétentes sont habilitées à prendre toutes les mesures appropriées pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ; des réseaux sociaux ; ainsi que celui des émissions radiophoniques ou télévisées ; des projections cinématographiques ; et des représentations théâtrales.
Mamadou Diarra
Source : LE PAYS
