L’organisation des élections législatives, malgré l’insécurité grandissante dans certaines localités du pays ; le nombre de candidats du parti Yelema à travers le Mali ; les engagements des candidats Moussa Mara et Assane Sidibé et ceux de tous les futurs députés de Yelema en faveur des populations ; les conditions posées par Iyad Ag Ghaly pour le dialogue avec le gouvernement sont, entre autres, les sujets évoqués dans une interview que l’ancien premier ministre, non moins candidat du parti Yelema en Commune IV du District de Bamako nous a accordée en fin de semaine dernière. C’était l’occasion pour lui de revenir sur le sacrifice qu’il fait en faveur des populations depuis deux décennies. Lisez l’interview !
Le Pays : Les législatives se tiennent au moment où des populations abandonnent chaque jour leurs localités à cause de l’insécurité. Il est même difficile de battre campagne dans ces localités. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?
Moussa Mara : La situation est difficile et il est vrai qu’en de nombreux endroits, il sera difficile de faire campagne ou de voter. Cela est déplorable. Cependant, il est indispensable de renouveler le mandat des députés et de donner au parlement une légitimité perdue depuis décembre 2018. L’insécurité ne doit pas ouvrir la porte à la violation de la Constitution et à un recul démocratique. À l’État de faire le maximum, en partenariat avec les acteurs internationaux pour que le plus grand nombre de Maliens puissent voter.
Le parti Yélema a présenté beaucoup de candidats aux élections législatives en cours. Peut-on savoir le nombre de candidats de votre parti ?
Le Parti YELEMA a présenté cinquante candidats et nous sommes présents dans l’ensemble des régions, y compris Kidal avec notre candidat dans le cercle de Abeibara. Nous présentons des listes propres comme en commune IV de Bamako où je suis moi-même candidat, en commune V de Bamako, à Boufoulabé, Yelimané ou Niafunke par exemple. Nous sommes en alliance dans d’autres circonscriptions en fonction des décisions de nos cellules locales tout en restant fermes sur les principes de notre pays. Nous n’avons pas souhaité d’alliance avec des candidats ou des partis qui jurent avec nos principes dans les zones concernées.
Quels sont les engagements des candidats Moussa Mara et Assan Sidibé en faveur des populations de la Commune IV ?
Les candidats que nous sommes, avons pris des engagements et le Parti YELEMA a également engagé l’ensemble de ses futurs députés à se préparer pour travailler à l’Assemblée Nationale dans des directions très précises.
En ce qui nous concerne, les engagements pris sont principalement :
- La publication de nos patrimoines à l’entrée en fonction comme député et en début de chaque année du mandat ;
- L’ouverture d’une permanence où nous allons recevoir les citoyens au moins deux fois par semaine ;
- Toujours dire la vérité, ne prendre aucun engagement que nous ne pourrons satisfaire et rendre compte de tout engagement pris pour régler les problèmes des citoyens ou ceux de la circonscription ;
- La restitution formelle de tout ce qui a été fait par l’Assemblée nationale, rendre compte aussi de ce que nous aurons fait lors de cette restitution ;
- Utilisation de la presse de la commune pour que tous les citoyens soient au courant de nos actions en tant que leurs représentants ;
- Faire réaliser des actions de développement dans la commune à travers nos initiatives auprès de l’État et des partenaires en collaboration avec le maire ;
- Rendre compte en temps réel de ce que nous faisons à travers nos comptes et sites sur internet et les réseaux sociaux.
En ce qui concerne le parti, le groupe parlementaire que nous ambitionnons de constituer va :
- Contrôler l’action du Gouvernement de manière indépendante ;
- Interpeller le Gouvernement sur toutes les questions d’actualité ;
- Porter une proposition de Loi sur la limitation du rôle de l’argent dans la démocratie malienne et sur la question de l’utilisation des moyens de l’État pendant le processus électoral ;
- Interpeller régulièrement le Gouvernement (deux fois par an) sur la situation au Nord, la situation au centre, le processus de paix, l’insécurité, la réconciliation pour que les Maliens soient édifiés sur l’avancement de ces chantiers majeurs ;
- Interpeller régulièrement le Gouvernement (deux fois par an) sur la question de la corruption et du jugement des dossiers auprès du pôle économique pour que l’opinion publique sache ce qui se passe ;
- Proposer une Loi sur l’amélioration de notre système électoral : lutter contre les fraudes, simplification du processus et utilisation des technologies, enrôlement de tous les électeurs (jeunes et diaspora), systématisation des débats, interpellation des élus sur le respect de leurs engagements de campagne ;
- Interpeller le Gouvernement sur la question de la vie chère, au moment du ramadan et au moment des rentrées scolaires pour informer les Maliens ;
- Proposer une Loi sur la dépolitisation de l’administration publique et la promotion de la compétence et de l’intégrité des agents de l’État ainsi que sur la limitation de l’impact des proches des gouvernants dans l’exercice de leur responsabilité ;
- Interpeller le Gouvernement une fois chaque année sur la question épineuse de l’agriculture, la distribution des engrais, l’amélioration des conditions de vie des ruraux, le renforcement de l’équipement des exploitations ;
- Proposer une Loi sur la transparence dans la vie publique, la promotion de l’éthique des gouvernants, la lutte contre la corruption, la promotion de la dénonciation des actes malveillants et la protection des lanceurs d’alerte ;
- Participer aux travaux du Parlement, à travers les commissions parlementaires, les missions parlementaires, les enquêtes parlementaires, les débats en plénière ;
- Communiquer sur toutes nos actions, à travers les sites et comptes conçus pour le groupe et publiés selon les moyens de communication modernes disponibles (internet, réseaux sociaux…) ;
- Veillez à ce que l’Assemblée soit un exemple de bonne gouvernance, d’indépendance, d’implication sur les questions nationales, de transparence et veillerons à ce que cela soit porté à la connaissance des Maliens.
- Animer une conférence de presse du groupe, à la fin de chaque session parlementaire pour rendre compte de ses initiatives et informer nos concitoyens.
Avec cette législature YELEMA, on entend révolutionner la fonction de député au Mali et renforcer durablement la crédibilité de l’Assemblée Nationale.
On apprend dans les médias que vous et votre colistier avez promis de mettre vos salaires à la disposition de vos populations. Est-ce un simple mot de campagne ou une réalité ? Les candidats de votre parti ont publié leurs engagements une fois élus. Et si un député ne respectait pas ses engagements ?
Nous avons écrit tous nos engagements. Nous demandons aux populations de suivre leur respect et de nous interpeller si certains n’étaient pas respectés. L’engagement d’utiliser les revenus des députés pour atténuer les souffrances des populations est déjà respecté par chacun d’entre nous. Personnellement, je dépense chaque mois au moins 3 millions de FCFA dans le soutien aux populations et je le fais depuis maintenant 20 ans ! À vous d’apprécier ! Assane SIDIBE aide également les populations régulièrement depuis plusieurs années. Nos candidats en Commune V (Abidine SANGARE, Nana TOURE et Aissata TOURE) ont même signé un engagement devant notaire pour affecter des revenus de l’Assemblée à la réalisation de forages dans leur commune pour plus de 100 millions de FCFA les 5 prochaines années. C’est cela le parti YELEMA ! Les députés qui ne respecteront pas leurs engagements seront sanctionnés par le Parti. Nous ne pouvons pas les démettre de leur mandat de député, car la Loi ne le permet pas, mais nous pouvons les exclure du parti. Nous appliquons le même dispositif d’ailleurs à nos maires et conseillers municipaux.
Vous avez, à plusieurs reprises, mis en doute la réussite du dialogue avec les djihadistes. Iyad vient de poser ses conditions pour ce dialogue avec le Gouvernement du Mali. Qu’en pensez-vous ?
Attendons la réaction du Gouvernement à ces conditions et voyons ce qui arrivera. Mon opinion est connue sur ce dossier. Je laisse maintenant le Gouvernement le conduire et nous rendre compte de ses résultats. Je vous demande de suivre et je vous donne rendez-vous dans un mois ou deux pour apprécier ensemble les résultats.
Réalisée par Boureima Guindo
Source : LE PAYS
