L’émission ‘’Le Grand débat’’ de Studio Tamani s’est délocalisé, ce jeudi 19 décembre 2019, au Centre international de conférence de Bamako (CICB) où se tient depuis le dimanche les séances plénières du Dialogue national inclusif. Parmi les invités à ce Grand débat figurait le professeur Issa Ndiaye qui a exprimé ses craintes et ses attentes de ce processus.
Le problème de gouvernance, le retour de l’État à Kidal, le maintien de la sécurité, la lutte contre la corruption, constituent entre autres les sujets abordés au cours du Grand débat de Studio Tamani ce jeudi 19 décembre 2019.
Tous les espoirs se portent aujourd’hui sur le Dialogue national inclusif dont la phase finale s’est ouverte le samedi dernier au Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba sous la présidence du chef d’État malien, Ibrahim Boubacar Kéita.
Le Mali vit « une crise généralisée » due à un problème de mal gouvernance dont la faute incombe aux citoyens aussi bien qu’aux dirigeants, selon Pr Issa Ndiaye, politologue. Cette crise a entrainé un affaiblissement de l’État, lequel a entrainé l’octroi d’une trop grande liberté aux citoyens. L’incivisme est ainsi devenu un quotidien au Mali. En conséquence, aucune capacité de dialogue, d’écoute entre les citoyens pour la résolution des problèmes que vit la société. « Au Mali, tout est à faire. C’est un pays en panne », conclut le Pr Ndiaye qui félicite ce cadre du Dialogue national inclusif qui serait une occasion pour instaurer une rupture dans les manières habituelles d’agir.
Partout dans le monde, les crises sociales amènent à réfléchir sur le modèle démocratique. Selon l’auteur de Silence, on démocratise, au Mali, nous assistons à une « faillite du modèle démocratique » qui se trouve en crise, même dans les pays chez lesquels les nations africaines en général et maliennes en particulier ont copié. Comme preuve de cet échec de modèle, la « dégringolade » du taux de participation aux élections chaque année. Le Dialogue offre l’opportunité de revoir ce modèle démocratique.
Comment expliquer ce malaise démocratique ? Le manque de vision politique de la part des leaders politiques, la transformation de la politique en marchandise constituent selon le politologue malien des causes qui permettent de mieux comprendre ce phénomène. L’Etat est devenu une proie auquel il faut s’en accaparer, a-t-il indiqué.
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Face à cette confusion totale dans cette démocratie malienne, des espoirs se fondent sur la société civile. Mais de quelle société civile, puisque celle actuelle est plus politique que neutre ? s’interroge Pr Ndiaye. Il faut une nouvelle société civile qui sera soucieuse de la nation afin de relever les défis actuels.
Cette analyse d’Issa Ndiaye, dans un premier temps, peut sembler assez pessimiste sur la finalité de ce Dialogue. Mais loin de là. Elle est optimiste, mais le politologue pose les garde-fous pour que ce processus ne manque pas à son objectif.
Face à une situation critique, il faut des analyses sans complaisance pour y trouver la solution. « Le retour de la sécurité est une urgence nationale », souligne Issa Ndiaye avant d’avertir sur tout manque à cet idéal, car cela montrerait l’échec du Dialogue. Or, « si la sécurité doit relever des régions, nous aurons une armée à plusieurs vitesses, une armée ethnique », craint le l’ex-chef de département philosophie au Mali.
Comme disent les marxistes, la théorie et la pratique doivent être des compagnons de route. À ce titre, dans ce processus de Dialogue national inclusif, le plus important pour Pr Ndiaye reste la concrétisation sur le terrain des conclusions qui seront tirées.
Les conclusions du Dialogue une fois adoptées doivent devenir un instrument de travail pour les politiques. Selon l’auteur du Festival des brigands, un Comité de suivi ne suffit pas pour ce faire, il fallait une Loi organique. Après tout, c’est la présence de l’État à Kidal qui doit constituer une conclusion phare de ce Dialogue, a-t-il souhaité avant de souligner que la révision de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger reste indispensable.
Parmi les autres maux qui minent le Mali aujourd’hui et rompt toute confiance entre les dirigeants et les dirigés il y a la corruption. L’aggravation de ce phénomène s’explique par une pauvreté massive des populations, selon plusieurs analystes. Cet angle selon Pr Ndiaye ne facilite pas la résolution du problème. Le Mali a besoin d’une reconstruction sur le plan éthique pour réussir le combat contre la corruption.
Fousseni TOGOLA

1 a réfléchi à «Pour réussir le Dialogue, ses conclusions comptent»