Officiellement, le nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune, est entré en fonctions ce jeudi 19 décembre 2019 à travers une prestation de serment. Il s’est montré rassembleur à travers son discours d’investiture de ce jeudi et s’est profité pour annoncer les grandes réformes au cœur de son mandat.
Malgré son élection sur fond de contestation, Abdelmadjid Tebboune, l’ex-Premier ministre de Abdelazziz Bouteflika, a prêté serment ce jeudi en Alger. Malgré tout, les rues d’Algérie rêvent du calme d’antan.
Dans les démocraties africaines, chaque volonté de changement de la part du peuple se solde généralement par un simple retournement de veste alimentant dans la plupart des cas les mêmes contestations sociales et politiques.
En effet, Tebboune est issu du même parti que Bouteflika (l’ex-président forcé à la démission par un mouvement populaire ‘’Hirak’’). Ce qui explique en grande partie toutes les contestations autour de sa victoire. Pas que ça, mais parce qu’il a été au cœur du système algérien depuis l’indépendance du pays en 1962.
Toutefois, le nouveau président, main droite sur le Coran, a prononcé la longue formule prévue par la Constitution, en jurant de « respecter et de glorifier la religion islamique, de défendre la Constitution, de veiller à la continuité de l’État », mais aussi, et surtout « d’agir en vue de la consolidation du processus démocratique, de respecter le libre choix du Peuple ».
Plusieurs réformes majeures ont été annoncées par le nouveau porte-bonheur des Algériens. D’ores et déjà, il a annoncé sa volonté de réviser la constitution.
Se prêtant au slogan des présidents « mal-élus » africains actuels, il s’est montré rassembleur dans son discours d’investiture. « Je suis prêt à coopérer avec l’ensemble des parties pour répondre aux revendications de notre peuple », a-t-il indiqué avant d’inviter à « tourner la page des différends ».
Dès l’annonce de sa victoire, il s’est prêté à l’exercice en exprimant sa main tendue au Hirak en l’invitant à privilégier le dialogue pour une « Algérie nouvelle ». Seulement, cette demande semble être rejetée par ce mouvement populaire qui s’est emparé des rues quelques heures après ce discours. Une réaction qui donne à craindre pour le mandat de M. Tebboune. La gestion de cette crise sociale risque de le dépasser malgré toute la technicité qu’il semble avoir.
Dans un pays où les moins de 30 ans représentent plus de 53% de la population, le nouvel homme fort a fait de grandes promesses. Il compte, dans la composition de son gouvernement, sur les jeunes ne dépassant pas 26 et 27 ans. Or, le mouvement Hirak est composé majoritairement de jeunes. S’il tient sa promesse et qu’il réussit, avec cette initiative, il pourra facilement déstabiliser ce mouvement. Sauf que l’autre problème pourrait être la bonne gouvernance, surtout s’il lui arrive de nommer des jeunes sans assez d’expériences politiques à des postes de responsabilité.
D’ailleurs, les jeunes du Hirak vont-ils accepter de coopérer avec un homme du « système » dont ils ne demandent que le démantèlement ? C’est là le paradoxe auquel le nouveau chef d’État algérien doit devoir dénouer.
Fousseni TOGOLA
