En l’espace de quelques jours, les Douanes maliennes ont confirmé leur rôle grandissant dans la défense du territoire national. Des saisies spectaculaires d’explosifs, de mercure, de cocaïne, de médicaments contrefaits ou encore de produits de contrebande illustrent une transformation profonde de cette administration autrefois cantonnée au rôle de collecte fiscale.
Sous la conduite de l’Inspecteur général Amadou KONATÉ, la Douane malienne est devenue un acteur central du dispositif sécuritaire national. À travers une exploitation du renseignement et une coordination renforcée de ses unités spécialisées, la Douane anticipe désormais les menaces, les identifie et les neutralise avec une efficacité saluée, en plus du sommet de l’État, par une frange importante de la population malienne.
Le 8 juillet, les agents de la Brigade mobile d’Intervention (BMI) de Bamako ont intercepté deux cars en provenance d’un pays voisin. D’apparence anodine, ces véhicules transportaient en réalité un arsenal redoutable d’explosifs et produits nocifs. Il s’agissait de 165 bâtons d’explosifs, 825 détonateurs électriques, près de 12 km de cordon détonant et 360 kg de mercure. Cette cargaison était soigneusement dissimulée dans des cachettes aménagées pour l’occasion dans les réservoirs et les climatiseurs desdits cars.
Cette saisie rappelle bien le lien étroit entre criminalité organisée et insécurité dans la région sahélienne, où les groupes terroristes cherchent à se procurer des moyens pour mener beaucoup plus d’actions. Les explosifs saisis sont du même type que ceux utilisés dans les engins explosifs improvisés (EEI) ou les attaques ciblées contre les forces de défense confirment des sources sécuritaires.
Quelques jours avant cette saisie spectaculaire, la Direction du Renseignement et de la Lutte contre la Fraude (DRLF) mettait déjà la main sur une cargaison massive de 15 915 unités d’explosifs, 875 400 comprimés pharmaceutiques et près de 30 000 ampoules injectables. Ces produits, en provenance du Nigéria, transitaient sous de fausses déclarations à bord d’un véhicule de transite par Ghana.
La lutte contre l’insécurité passe aussi par la traque de la fraude économique, surtout quand celle-ci vise à contourner les mécanismes fiscaux adoptés en toute souveraineté. Le 15 juillet, à Baguinéda, la DRLF a mis la main sur 6 conteneurs contenant plus de 16 000 cartons de vodka et 1 700 cartons de boissons énergétiques, dissimulés dans un entrepôt clandestin après avoir contourné les services de dédouanement.
Une tentative de fraude qui visait à échapper à la taxation spéciale sur les produits alcoolisés, récemment instaurée par l’État pour renforcer son autonomie financière. Pour l’administration douanière, chaque cargaison frauduleuse saisie est une victoire pour la souveraineté économique et un acte de résistance contre le financement indirect de réseaux illégaux.
Des victoires à l’actif du renseignement et la modernisation
Ces opérations en chaîne ne sont pas le fruit du hasard. Elles s’inscrivent dans une stratégie impulsée par la Direction générale des Douanes, à savoir l’intégration du renseignement au cœur de toutes les missions. Dotées de moyens modernisés et d’un maillage territorial réactif, les unités d’intervention sont aujourd’hui capables de cibler les trafics avant même qu’ils ne prennent forme.
« Les Douanes ne subissent plus les événements. Elles les précèdent, les anticipent et les empêchent », résume le Directeur général, Amadou KONATÉ. Son approche, appuyée par le ministère de l’Économie et des Finances, redéfinit les contours de l’action douanière, désormais au service de la sécurité intérieure, de la lutte contre le terrorisme et de la protection des intérêts stratégiques du Mali.
Il faut noter que dans la nuit du 9 au 10 juillet, une autre opération spectaculaire menée à Zantiguila avait permis la saisie de 24 briques de cocaïne, soit près de 26 kg de drogue pure, dissimulée dans les portières d’un véhicule en partance pour le Nord du pays. Estimée à plus de 1,2 milliard de FCFA, cette cargaison aurait pu alimenter les caisses de groupes armés qui sévissent dans la zone.
Une fois de plus, le renseignement ciblé a été la clé du succès. Ce type de trafic, à haute valeur ajoutée, constitue une menace directe pour la stabilité nationale, dans un contexte où les financements occultes nourrissent les foyers de tension.
Issa Djiguiba
