La guerre contre la désinformation se mène aussi dans les amphithéâtres. Ce mardi 16 juin, l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO) de Bamako a accueilli une conférence-débat animée par l’ambassadeur de l’Union européenne au Mali, Alberto Cerezo, et Alexis Kalembiri, Directeur de Publication de Mali Tribune. Thème : « L’UE à l’écoute de la jeunesse malienne : participation citoyenne, information responsable et cohésion sociale ».
Derrière ce rendez-vous, le projet « Maara Ni Kunafoni » : Education aux médias et engagement citoyen, porté par l’ONG Search for Common Ground et financé par l’Union européenne. L’initiative est mise en œuvre dans six communes du Mali : Kayes, Mopti, Ségou, Sikasso, Bamako et Gao.
Le Directeur-Pays Sahel/Bénin, M’Bara Adiawiakoye, l’a dit clairement : « Les conflits ont migré du terrain physique vers l’espace numérique. Si nous voulons réduire la violence, nous devons aussi nous attaquer à la violence en ligne. »
Informer avant d’agir
Le constat est partagé par tous les intervenants. Alexis Kalembiri a posé le diagnostic sans détour. Dans le contexte malien actuel, marqué par les discours de haine et la désinformation, les journalistes doivent changer de paradigme. Fini les reportages sensationnalistes et place à une information responsable, sensible aux dynamiques de conflit. « Les jeunes doivent comprendre qu’ils ont une responsabilité envers la société », a-t-il insisté. « Ils ne peuvent pas rester spectateurs de leur vie collective. »
Dans la salle, les étudiants ont entendu le message. Waba Christine Koïta, en master de droit public, est venue chercher des outils. Elle repart avec une conviction : « La citoyenneté commence par des gestes individuels. On n’attend pas que les autres agissent à sa place », précise-t-elle. Son plan d’action ? Organiser des actions de sensibilisation dans son quartier. Commencer par balayer. Montrer l’exemple.
Un ambassadeur qui apprend en écoutant
Alberto Cerezo, arrivé au Mali il y a six mois, ne cache pas son étonnement face au niveau des étudiants rencontrés. « La meilleure façon de connaître un pays n’est pas de visiter ses monuments. C’est d’écouter ses habitants », a-t-il confié. Sa première visite dans une université privée malienne lui a visiblement donné envie de revenir.
Cette conférence à l’UCAO fait suite à une première rencontre tenue à la FSAP. Deux étapes d’une campagne plus large — KAFO — qui entend poursuivre le dialogue avec la jeunesse malienne, en y associant acteurs gouvernementaux, société civile et partenaires locaux.
Les premiers résultats du projet sont déjà visibles : des milliers d’articles produits par des jeunes formés au fact-checking, des projets communautaires financés et mis en œuvre localement, et des signes de réduction de la polarisation dans certains milieux. Le chemin est tracé.
Kémoko Diabaté

