Le caractère expansionniste des religions amène très souvent des problèmes entre certaines confessions religieuses. Approchés par nos soins pour en savoir plus, nous nous rendons compte que d’énormes efforts sont déployés au quotidien pour préserver la traditionnelle cohésion entre les Maliens. Pour certains, tous ceux qui reconnaissent Dieu sont de la même religion, donc il n’y a pas de problème religieux entre les Maliens, qui font tous ensemble.
Selon Daniel Coulibaly, de la Conférence épiscopale de l’Église catholique, depuis la nuit des temps, les pères évêques ont imprimé une culture de ne jamais répondre aux critiques et provocations. Chose qui, selon lui, contribue à maintenir l’entente et la cohésion entre les religions au Mali. « Nous ne répondons jamais aux provocations », a-t-il indiqué, tout en soulignant que tout est mis en œuvre pour le respect strict de ce principe par la jeune génération.
Pour lui, le système de l’enseignement catholique lui-même est conçu de sorte à entretenir la cohésion entre toutes les religions. Cela se voit, selon lui, à travers la fréquentation des écoles catholiques par les enfants de toutes les religions et le fait que la plupart des enseignants soient également d’autres confessions. À cela s’ajoutent, selon le fidèle catholique, les œuvres sociales (écoles, centres de santé, etc.) qui servent également à tous, et non uniquement aux chrétiens catholiques.
Pour Sidiki Coulibaly, président de la Fédération nationale des chasseurs des communes I et II du district de Bamako, et secrétaire aux relations extérieures du bureau national, il n’existe que deux religions dans le monde : « la religion d’Abraham et la religion de Satan ». Tous ceux qui reconnaissent l’existence de Dieu sont, selon lui, de la même religion. Le reste, dit-il, ce sont des objets de culte souvent importés, qui créent tout le désordre.
Ainsi, il rappelle l’empire égyptien qui comptait plusieurs dieux, bien qu’il y ait eu aussi des pharaons monothéistes durant les 3 000 ans de leur domination. Une occasion pour le chef chasseur de dénoncer la qualification systématique du nom « pharaon » comme synonyme de mécréant. Il a aussi évoqué les dieux romains et grecs. Mais le Mali, depuis l’époque des empires, selon lui, n’a connu qu’un seul Dieu : « Nos ancêtres n’ont jamais adoré d’autres dieux que le Dieu suprême », appelé différemment « Mangala », « Ama », « Dobelou », selon les contrées et les communautés.
Tout en précisant la différence entre objets de culte et divinités, Sidiki Coulibaly a expliqué que les Dômo, Kômô et autres sont des objets de culte et non des divinités. Ils sont créés pour servir ici et maintenant, contrairement à Dieu, qui attend pour trancher dans l’au-delà. « Nous, nous faisons recours à Kondron ni Samè, qui n’attend pas demain pour résoudre nos problèmes ici-bas. C’est uniquement pour cela que nous les créons », a-t-il indiqué.
Dans le même ordre d’idées, Mohamed Maky Bah, vice-président du Haut Conseil islamique du Mali (HCI), estime que le Mali est plus béni que beaucoup d’autres pays, car les religions y œuvrent ensemble, surtout lorsque l’avenir de la nation est en jeu. Car, pour vivre pleinement sa religion, il faut d’abord une atmosphère de paix et de quiétude.
Sur la question des prêches de haine, Maky Bah estime que cela dépasse la seule implication du Haut Conseil islamique. À ses dires, cela interpelle tous les Maliens, individuellement et collectivement. Même si des efforts ont été fournis par le ministère de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le vice-président du HCI invite le gouvernement à s’assumer davantage. Pour ce qui est de la plus grande faîtière de l’islam au Mali, la paix et la réconciliation font partie de ses missions principales. Il existe déjà des commissions exclusivement dédiées à cet objectif.
En tout cas, pour Mme Diakité Djenebou Sangaré, présidente de l’Union des femmes leaders pour le développement du cercle de Kati, la religion joue un rôle important dans notre société. Comme elle présente des avantages, elle peut aussi avoir des inconvénients, tout comme la société civile, qui peut contribuer à la sensibilisation pour la bonne cause. Mme Diakité invite les leaders religieux à mettre de côté leurs divergences personnelles pour servir la nation. Pour elle, nombre de polémiques dans les prêches relèvent de règlements de comptes personnels et non de la cause religieuse. « Qu’ils ne profitent pas de leur influence et de leur statut pour manipuler l’opinion publique », dit-elle.
Même point de vue chez Modibo Kampo, coordinateur national du Forum national des organisations de la société civile du Mali, qui pense aussi que la religion peut être un puissant facteur de cohésion sociale, tant qu’elle reste dans les limites de la tolérance réciproque des différents courants existants sur le même territoire.
Avec la tolérance religieuse sur laquelle il a insisté, et le dialogue entre les leaders des différentes confessions religieuses et de culte, Modibo Kampo estime que la religion constitue un véritable rempart contre l’extrémisme violent et les violences intercommunautaires.
Issa Djiguiba
Ce reportage a été réalisé dans le cadre du projet Sous l’Arbre à Palabre de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM), avec le soutien technique et financier de l’ONG ORFED, dans le cadre du Programme « Promouvoir une Paix Durable au Mali (PPDM) », financé par la coopération allemande à travers le Service Civil pour la Paix (SCP)
