A ce sommet, on avait décrié la présence d’Adam Dicko invitée en lieu et place du CNJ (Conseil National de la Jeunesse). Mais contre toute attente, la représentante malienne ainsi que la plupart des africains présents à la réunion ont su tirer leur épingle du jeu en défendant crânement le continent.
Qu’on cesse de traiter l’Afrique comme un gros bébé et qu’on la considère enfin comme un partenaire à part entière, telle était le clou des doléances d’Adam Dicko à l’adresse de Macron. Elle a ensuite fustigé ce relent de paternalismes qui plane sur les relations franco-africaines parce que le contient a mûri à travers la tempête qu’il traverse depuis de décennies d’indépendance.
Après, elle a mis le doigt sur la grosse plaie causée par la métropole : l’insurrection djihadiste et le chaos qui s’en est suivi dans tout l’espace du Sahel. « C’est la France qui est cause des problèmes que connait en ce moment le Mali, a-t-elle clamé, car si Sarkozy n’avait pas commandité l’assassinat de Mohamar Kadaffi, nous n’en serions pas là »
Poursuivant sur sa lancée, elle dira encore : la France n’aide nullement le Mali comme on semble vouloir le faire croire. Le terrorisme est un mal planétaire, et s’il prospéré au Mali et dans le Sahel, l’Europe sera à son tour atteindre par ses effets collatéraux. Vous dites que sans la France le Mali n’existerait pas aujourd’hui. Vous oubliez que sans les africains, il en aurait été de même pour la France. Et sur que le président français a été ébranlé par ces vertes vérités. Et « échaudé par les accusations proférées contre l’hexagone, il dû interrompre son interlocutrice à plusieurs reprises, voulant se défendre à son tour : « ce que vous traités de paternalisme n’en est point un, mais une prise de responsabilité pour dire des vérités qui s’imposent », dira-t-il tout en reconnaissant la faute de son pays dans le conflit du Sahel. Après, il essayera de défendre la France, mais sans nullement convaincre.
Une autre intervenante, celle-là burkinabé, est montée au créneau pour cracher ses quatre vérités, fustigeant les relations franco-africaines et adressant de vives récriminations à l’hexagone qui, a ses dires, ne peut nullement montrer pattes blanches sur le continent.
Madame Kouama a en substance déclaré : « monsieur le Président, essayez de vous départir de ce vocabulaire dévalorisant dont vous usez quand il s’agit de débloquer des fonds pour l’Afrique. L’aide, quand on n’arrive pas à s’en départir, il faut s’en débarrasser. Et Ki Zerbo disait qu’on ne se développe pas, mais qu’on développe. Jusqu’ici, l’aide au développement, ça ne marche pas. Mais l’Afrique se développera d’elle-même avec ses propres ressources et à travers des relations saines. Qu’on arrête ce discours : sauvons l’Afrique, aidons l’Afrique. Il y a trop de miséreux là-bas. Nos relations doivent s’effectuer dans la valorisation des-uns et des-autres, c’est primordial. Or nos relations, si elles étaient une marmite, elles seraient une marmite très sale, sal de vocabulaire dévalorisant, sale de corruption. L’Afrique ne mangera plus à cette marmite. Et vous serez seul à table »… Sans ambage…
Le Président Macron fut sidérée, lui qui s’attendait à une partie plaisir à travers cette nouvelle configuration de la réunion, avec de nouveaux interlocuteurs. Mais il en a eu pour son compte, car aucun des intervenants n’y est allé avec le dos de la cuillère.
Ce 28ème sommet a carrément pris un nouveau visage, car ce fut le sommet de la vérité.
Serait-ce un tournant dans les relations franco-africaines ? En tout cas, c’est un début.
Ben Diakité Ladji de Balzac
