Depuis les fenêtres du palais présidentiel de Niamey, le vent de l’histoire a changé de direction. Longtemps, le Niger a été perçu comme le gâteau énergétique de la France, un réservoir d’uranium où les intérêts de l’ex-puissance coloniale passaient avant les besoins de la population. Aujourd’hui, sous l’impulsion du Général d’Armée Abdourahamane Tiani, le Niger ne se contente plus de demander sa part ; il reprend les clés de la maison.
Pourquoi la rupture avec Orano était inévitable
Le bras de fer entre Niamey et le géant français Orano (ex-Areva) n’est pas une simple dispute commerciale. C’est le point culminant de décennies de frustrations accumulées. Le fait déclencheur ? Le retrait, en juin 2024, du permis d’exploitation du gisement d’Imouraren. Ce site, l’un des plus importants au monde, était mis au ralenti par le groupe français, pour raison d’insécurité. Pour le CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la Patrie), l’argument est simple : si vous n’exploitez pas nos ressources pour créer de la richesse maintenant, nous trouverons des partenaires qui le feront.
Mais la tension est montée d’un cran en ce début d’année 2026. Orano a annoncé avoir perdu le contrôle opérationnel de la Somaïr, l’unique mine encore en activité, suite aux décisions de Niamey. En réalité, le Niger a choisi de ne plus être un spectateur passif. Comme l’a martelé le Général Tiani lors de ses récents discours, « notre marche vers la souveraineté pleine et entière est inexorable ». Pour l’État nigérien, maintenir des contrats iniques hérités d’une autre époque n’est plus d’actualité.
Une économie entre résilience et reconstruction
Il serait malhonnête de dire que cette transition se fait sans douleur. L’uranium représente entre 15 % et 20 % des exportations du pays. En 2024, les exportations ont frôlé un niveau bas en raison de la fermeture des frontières avec le Bénin et des sanctions. Le budget national en a ressenti les secousses. Pourtant, la vision de Niamey est à long terme. Les réalités actuelles de l’économie nigérienne s’observent en plusieurs points. Le Niger développe désormais de nouveaux corridors d’exportation via l’Algérie et le port de Lomé, s’affranchissant du chantage logistique de son voisin béninois.
Le pétrole au secours de l’atome
L’ouverture de la raffinerie de Dosso (projet lancé en 2024) et les revenus pétroliers grandissants permettent de compenser les pertes temporaires liées à l’uranium.
En reprenant la main sur la Somaïr, (La Société des mines de l’Aïr, située à Arlit dans le nord du Niger, est une mine d’uranium à ciel ouvert exploitée depuis 1971), le Niger mise sur la SOPAMIN (Société du patrimoine des mines du Niger) pour former une élite nationale, capable de gérer ses ressources sans l’aval de Paris.
La souveraineté retrouvée
Plus qu’un mot, c’est une stratégie efficace pour les dirigeants actuels du Niger.
Pour le peuple nigérien, la souveraineté n’est pas un concept théorique. C’est la capacité de dire « non » quand le contrat est mauvais. Le Général Tiani a transformé ce sentiment en politique d’État. La leçon à tirer est claire : la possession du sol ne signifie rien sans la maîtrise du sous-sol.
Le Niger pose trois piliers pour sa souveraineté
La renégociation des prix : L’uranium nigérien a longtemps été vendu à des prix « préférentiels » bien en dessous du marché mondial. Niamey exige désormais le juste prix.
La diversification des partenaires : En discutant avec des acteurs russes (Rosatom), chinois ou canadiens, le Niger casse le monopole français pour faire jouer la concurrence.
La justice environnementale : Le récent comité d’experts mis en place à Niamey pour documenter les préjudices environnementaux et sanitaires d’Orano montre que l’État compte demander des comptes sur le passif écologique à Arlit.
L’Afrique des solutions, le temps du courage
Certains observateurs occidentaux crient à l’imprudence. Ils prédisent un effondrement économique. Mais ils oublient que la dignité n’a pas de prix, et que le développement sous perfusion n’est qu’une forme de sous-développement. En comprenant la position du président Tiani, on ne défend pas seulement un homme, mais le principe selon lequel le peuple nigérien est le seul propriétaire légitime de ses richesses.
Le Niger de 2026 n’est plus celui de 1960. C’est un pays qui a compris que pour s’asseoir à la table des grands, il faut d’abord posséder sa propre chaise. Le bras de fer avec Orano est le baptême du feu de cette nouvelle indépendance.
Car « Les solutions sont en nous », rappelait le ministre des Affaires étrangères du Niger, Bakary Yaou Sangaré lors de la 79e Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2024.
C’est peut-être là, la plus grande leçon de cette crise : l’uranium peut s’épuiser, mais la volonté d’un peuple souverain, elle, est une énergie inépuisable, tant qu’il y aura la volonté politique d’un bâtisseur, au sommet de l’État.
Moussa Sebgo
