À 95 ans, Lee Man-hee, président de Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light (HWPL) et figure majeure du mouvement Shincheonji, traverse une période particulièrement difficile dans son pays, la Corée du Sud. Son placement en détention provisoire le 24 juin 2026 dans le cadre d’une enquête portant sur de présumées violations de la législation sur les partis politiques relance le débat sur le respect des principes universels de présomption d’innocence, de dignité humaine et de liberté de religion en Corée du Sud.
À travers HWPL, Lee Man-hee a consacré une grande partie de sa vie à la promotion de la paix mondiale, du dialogue entre les religions et de la prévention des conflits. Depuis plusieurs années, son organisation tient des rencontres internationales réunissant responsables religieux, universitaires, responsables politiques et acteurs de la société civile afin de faire de la compréhension mutuelle entre les communautés un instrument de stabilité et de coexistence pacifique.
Ce parcours est aujourd’hui confronté à une épreuve majeure du fait de l’inculpation de M. Lee Man-hee dans une enquête portant notamment sur de possibles infractions liées à la législation sur les partis politiques. Les autorités reprochent à M. Lee Man-hee d’avoir encouragé des fidèles à adhérer collectivement à un parti politique. L’Église Shincheonji conteste cette interprétation et affirme qu’il s’agissait de l’exercice individuel du droit de participation politique des croyants.
Sur le plan juridique, aucune condamnation n’a été prononcée à ce stade. Lee Man-hee demeure donc présumé innocent, conformément aux principes fondamentaux du droit international. L’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 14, paragraphe 2, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) établissent que toute personne poursuivie bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à ce que sa culpabilité soit légalement démontrée.
Cette garantie constitue l’un des piliers de l’État de droit et s’applique indépendamment de la nature des accusations, de la personnalité de l’intéressé ou de son appartenance religieuse.
Les soutiens de Lee Man-hee contestent non seulement les accusations qui visent le guide religieux, mais aussi la procédure judiciaire engagée à son encontre. Ils invoquent notamment le respect de la présomption d’innocence, la liberté de religion et aussi la nécessité d’une justice proportionnée au regard de l’âge avancé de l’accusé et de son engagement public en faveur de la paix dans le monde.
La question de la détention provisoire occupe une place centrale dans les critiques formulées par les défenseurs de Lee Man-hee. Ils s’appuient notamment sur l’article 9 du PIDCP, qui rappelle que la privation de liberté avant jugement ne doit pas devenir une pratique automatique. Ils invoquent également les Règles de Tokyo et les Règles Mandela des Nations unies, deux ensembles de standards internationaux encourageant le recours à des mesures alternatives à la détention lorsque cela est possible et rappelant l’obligation d’assurer un traitement humain des personnes détenues, notamment lorsqu’elles sont âgées.
À l’âge de 95 ans, les soutiens de Lee Man-hee estiment que son parcours, son état de santé et son statut d’ancien combattant devraient être pris en compte dans l’évaluation de la nécessité d’une incarcération. Des universitaires spécialisés dans l’étude des religions, dont le sociologue italien Massimo Introvigne, ont également exprimé des préoccupations sur la proportionnalité d’une telle mesure concernant une personne très âgée.
Au-delà de son cas personnel, l’affaire relance une réflexion plus large sur la liberté religieuse et la neutralité de l’État. L’article 18 du PIDCP garantit la liberté de pensée, de conscience et de religion, et l’article 25, lui, reconnaît le droit de participer à la vie publique sans discrimination. Ces principes imposent aux autorités publiques de distinguer clairement les convictions religieuses des éventuelles responsabilités pénales établies par des preuves.
Sans être directement comparables à l’affaire Lee Man-hee, plusieurs décisions de justice internationales rappellent l’importance de protéger la liberté de religion et le principe de non-discrimination. Ainsi, dans l’affaire Manoussakis et autres c. Grèce (1996), la Cour européenne des droits de l’homme avait estimé que certaines restrictions imposées à une communauté religieuse portaient atteinte à la liberté de religion. En 2008, dans l’affaire Religionsgemeinschaft der Zeugen Jehovas c. Autriche, la même juridiction avait également condamné un traitement jugé discriminatoire envers une minorité religieuse.
Le cas Lee Man-hee intervient aussi dans un contexte international marqué par plusieurs débats autour de la liberté religieuse. Au Nicaragua, l’arrestation d’un évêque âgé a suscité des critiques d’organisations internationales de défense des droits humains. Au Japon, la dissolution judiciaire d’une organisation religieuse a également soulevé des interrogations auprès de rapporteurs des Nations unies concernant la proportionnalité des mesures prises par l’État. Autant d’exemples qui alimentent la réflexion internationale sur la protection de la liberté de religion et pourraient nourrir le débat autour de l’affaire Lee Man-hee, tout en laissant à la justice sud-coréenne le soin d’apprécier par elle-même les faits.
Issa Djiguiba
