L’association Mémoire du Sahel a organisé, le samedi 11 avril 2026, un pré-forum consacré aux origines du rap malien à la Maison sur le Fleuve. L’événement a enregistré la présence de Salif Sanogo, président d’honneur, qui a accompagné cette initiative. Cette rencontre a permis de mettre en lumière les récits fondateurs du Hip-Hop national, en prélude au Forum national du Hip-Hop prévu dans les prochains mois, et a rassemblé artistes et passionnés autour d’une mémoire commune.
Quatre figures majeures du rap malien ont pris la parole. Il s’agit notamment de AL T Strong, Amkoullel, Abba Samassékou et Master Soumy. Leurs interventions ont permis de revisiter les débuts d’un mouvement encore marginal dans les années 1980 et 1990. Ils ont partagé les obstacles rencontrés, les soutiens décisifs et les innovations qui ont façonné l’identité du rap malien. Ces témoignages ont montré comment un art longtemps perçu comme marginal s’est imposé comme un espace d’expression pour la jeunesse.
Le parcours d’AL T Strong, Alpha Touré, a particulièrement retenu l’attention. De retour des États-Unis en 1987, il adopte les codes du Hip-Hop et devient le premier rappeur malien à enregistrer sur cassette. Il est également l’auteur du premier clip de rap diffusé sur la télévision nationale. Ces initiatives pionnières ont ouvert la voie à une génération d’artistes qui ont ensuite enrichi le paysage musical du pays, en posant les bases d’un mouvement encore balbutiant mais porteur d’avenir.
Dans son témoignage, AL T Strong a rappelé l’appui du journaliste Saloum Sy, qui lui a permis de tourner ses premières images à la RTM. Il a aussi évoqué l’influence de sa mère, qui l’a encouragé à intégrer une voix féminine dans ses morceaux. Sa collaboration avec Rokia Traoré a donné une identité sonore singulière au rap malien, en l’ancrant dans une esthétique propre et en élargissant son horizon au-delà des modèles américains, créant ainsi une empreinte originale.
Amkoullel et Abba Samassékou ont insisté sur le rôle du soutien familial et médiatique dans leur évolution. Ils ont expliqué que cet appui leur a permis de franchir des étapes décisives et de se faire une place dans un univers musical en pleine construction. À l’opposé, Master Soumy a décrit un parcours marqué par l’absence d’appui familial, dans un environnement conservateur. Sa détermination et ses participations à des compétitions scolaires lui ont permis de s’imposer, jusqu’à la sortie de son premier album en 2007.
Les discussions ont également mis en avant la transformation du rap malien. Autrefois réservé à une minorité, il est désormais accessible à un large public grâce aux réseaux sociaux et à la diffusion facilitée par les smartphones Android. Cette démocratisation a permis l’émergence de nouveaux talents et a renforcé la vitalité du Hip-Hop malien, qui s’affirme aujourd’hui sur la scène nationale et internationale. Le rap est devenu un outil de visibilité et de reconnaissance pour une jeunesse en quête d’expression.
La présence de Salif Sanogo a donné une dimension particulière à l’événement. Son implication a rappelé l’importance de préserver les récits fondateurs du mouvement et de mettre en avant ceux qui ont contribué à son émergence. Ce pré-forum s’inscrit dans une dynamique de valorisation et de mémoire, en rappelant que le rap malien est un patrimoine en construction, porté par des figures qui ont marqué son histoire et qui continuent d’inspirer les nouvelles générations.
En retraçant les origines du rap malien, cette rencontre a rappelé que le Hip-Hop est bien plus qu’une musique : il est un outil de transmission, de créativité et de cohésion sociale. Le pré-forum « Aux origines du rap malien » s’impose comme une étape essentielle dans la construction d’une mémoire collective, où l’art devient vecteur de dialogue et de reconnaissance culturelle. Ce rendez-vous a montré que le rap malien est désormais une composante incontournable de l’identité artistique du pays.
Ibrahim Kalifa Djitteye
