Au Mali, la corruption a acquis ses lettres de noblesse, si noblesse il y a dans ce système frauduleux et scandaleux. A tel point que la pratique est devenue somme toute normale et comme indispensable à la bonne marche du pays.
Le circuit est connu d’avance : pour préparer l’entrée de son protégé dans un corps étatique ou même un service administratif, il faut aussitôt songer à prévoir des dessous de table. Cela varie de 500 000 à 1 million de franc qui peut à la baisse chuter à 300 000 franc ou 400 000 à des conditions particulières.
Et un adjudant, officier subalterne des forces armées, l’atteste « me concernant, mon père qui a des bras longs a déboursé jusqu’à 1 500 000 F pour que je sois engagé dans l’armée ».
Et il en est de même pour les cas de simples embauches. Il faut absolument verser sine die un certain montant rubis sur l’ongle pour accéder à un emploi. Et ceci est une règle établie.
A l’analyse, ce système scandaleux risque de porter préjudice à la qualité de la prestation des travailleurs. Car, en grande majorité, ce sont des incapables qu’on parachute à coup de franc cfa à des postes de responsabilité.
Ainsi, l’amour de l’armée ne prime plus quand on aspire à servir les drapeaux. Ce n’est plus la capacité du postulant et son mental qui mis en exergue, mais seule l’espèce sonnante et trébuchante a droit de cité.
Rien donc d’étonnant à ce que les FAMA soient si défaillantes à la tâche, malgré toutes ces formations qu’elles recevaient. Car la base est pourrie.
Au niveau de l’administration, il en est de même. C’est une administration boiteux que nous avons en respectable. Quand vous rendez dans un service et que vous leur adressez un bonjour en français, interloqués, on vous regarde avec des yeux hagards comme si vous étiez un extraterrestre. Avant de vous répondre en bambara, la langue locale. Et du français qui est censé être la langue officielle, qu’en fait-on alors ? Cette langue coloniale dont nous nous sommes appropriés ne serait donc qu’un tremplin dans le concert de la francophonie ?
Sur le chapitre des ouvriers de la nation charges de mener le pays à bon port, le Mali doit mettre de l’ordre à toutes les étagères et revoir sa copie.
Ce qui implique des mesures rigoureuses appliqués et sanction sans tenir compte de la tête du fautif. Car toutes lois et décisions prises au Mali sont sans conséquences, toujours relégués aux calendes grecques.
Mais pour que cela soit réalité, il faut attendre l’avènement (incertain au vu de la situation qui prévaut sur le terrain) d’un président de la trempe de Thomas Sankara ou d’un ténor républicain comme Ché Guévara. Mais on risque d’attendre pendant longtemps un homme de cette envergure. Car tout le monde semble avoir été atteint par ce tenace virus de la corruption, et chose grave, la société elle-même semble adhérer pleinement au système.
Ben Diakité Ladji de Balzac
