La dernière illustration douanière s’est jouée le lundi dernier. Deux interventions simultanées ont débouché sur l’interception des cocaïnes, du mercure et des explosifs. L’une, tenue au centre-ville de Bamako, a permis à la Section Recherches et Intervention (SRI) de mettre la main sur 202 colis d’explosifs soigneusement dissimulés. L’autre, déroulée à Hérémakono, dans la région de Sikasso, a permis d’intercepter 09 colis de 33 bâtonnets, soit 297 bâtonnets d’un poids total de 45 kg à base de nitrate d’ammonium et deux bonbonnes de mercure de 72 kg, un composant chimique classé hautement toxique. Deux matières souvent utilisées dans la fabrication d’engins explosifs improvisés (EEI) qui fauchent les soldats sur le front et endeuillent les populations.
Les saisies de produits dangereux par les services douaniers ne cessent de s’accumuler. De l’explosif pur, des détonateurs, du mercure, parfois même de la cocaïne (140 kg de cocaïne pure dont une partie en partance pour le Nord). Des opérations qui se font à travers toutes les localités, mais surtout aux points névralgiques du pays, tels que Hérémakono et Diboli, ou encore au cœur même de Bamako. La douane malienne mène ainsi une guerre de l’ombre contre le trafic des produits dangereux, une menace silencieuse mais bien réelle de nos jours. Cette énième saisie s’inscrit dans une série de coups de filet récents, révélateurs d’un phénomène inquiétant. Ces derniers temps, la Direction du Renseignement et de la Lutte contre la Fraude (DRLF) a fait plusieurs saisies spectaculaires d’explosifs et de mercure destinés à des usages manifestement criminels. La dernière en date porte sur 15 915 unités d’explosifs prêtes à emploi. Selon les explications douanières, à Bamako, dans la capitale du Mali, la Brigade Mobile d’Intervention (BMI) a, de son côté, neutralisé des colis suspects contenant des composantes explosives : 165 bâtons d’explosifs, 825 détonateurs, 49 rouleaux de cordon et 9 bonbonnes de mercure. Et sur les lignes frontalières de Diboli et de Heremakono, les agents ont déjoué à temps des tentatives d’infiltration de substances explosives et chimiques d’une extrême dangerosité.
Ces opérations témoignent de la réalité du trafic de matières dangereuses, souvent destinées à la confection d’engins destructeurs ou à l’alimentation de réseaux criminels transfrontaliers. Ainsi, les soldats de l’économie multiplient les actions dans une discrétion encourageante. Leur méthode est basée sur un usage pointu du renseignement, une présence accrue sur les axes sensibles et une coordination renforcée entre les structures de répression, ont indiqué les responsables de Douanes, ajoutant que derrière chaque paquet intercepté se cache une possible tragédie évitée. Un engin qui n’explosera pas. Une cargaison qui ne viendra pas alimenter les réseaux criminels et une main invisible qui a été stoppée avant qu’elle ne frappe.
La dangerosité des produits en circulation sur le territoire national
« Il est donc urgent que l’opinion prenne la mesure du danger latent que représentent ces trafics. Une analyse émotionnelle expéditive pourra tenter d’expliquer qu’en raison de la multiplication des sociétés minières, que ces produits connaissent un regain d’intérêt (explosifs et mercure). Mais c’est oublier que toutes les importations de ces sociétés sont encadrées par leurs conventions et autres textes. Aussi, il en résulte que ce regain d’intérêt et les modes opératoires ne peuvent qu’être criminels et des menaces contre la sécurité de notre pays », apprend-on d’une publication douanière. C’est dire que cet énième coup de filet n’est pas qu’un fait divers. C’est un signal d’alerte, un appel à la responsabilité collective. Car tant qu’il existera des mains prêtes à faire circuler ces matières de mort, il faudra des regards, des barrières et des convictions pour les arrêter, ont estimé les responsables de Douanes.
Mamadou Diarra
