Le désormais ancien président de la Cour d’Appel de Conakry, Ibrahima Sory II Tounkara, a été propulsé lundi 2 février au poste de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de la Guinée-Conakry. Cette consécration qui fait couler beaucoup d’encre et de salive marque aussi le départ de Yaya Kairaba Kaba de ce poste.
Pour cette nomination qui « vient à point nommé » pour le commun des mortels de la sous-région, les réactions positives ne se sont pas fait attendre. Et cela, en commençant par la famille judiciaire guinéenne. Tant ce magistrat ayant conduit le procès du massacre du 28 septembre est apprécié dans le milieu des hommes en robe. Pour l’avocat Me Almamy Samory Traoré, l’un des avocats constitués pour la défense de Dadis, Ibrahima Sory II Tounkara est un « bon magistrat, très compétent et talentueux qui inspire confiance ». « Il a le tempérament pour gérer un département comme le ministère de la Justice et c’est un magistrat très respecté dans le monde judiciaire », affirme Me Traoré, qui espère que les autorités guinéennes l’accompagneront dans ce sens au regard de ses qualités.
« Ibrahima Sory II Tounkara est nommé ministre de la Justice et des Droits de l’homme. Espérons qu’il soit à la hauteur des responsabilités qui sont celles d’un ministre de la Justice », a également réagi l’avocat Me Lanciné Sylla, l’un des défenseurs de Toumba Diakité dans le procès du 28 septembre. Il dit n’émettre aucun doute sur sa compétence et espère que l’homme donnera le meilleur de lui-même pour porter haut la justice guinéenne. « C’est surtout sur la question des droits de l’homme que le ministre Tounkara sera le plus attendu. Je pense qu’il est suffisamment informé de la situation pour pouvoir mieux gérer la pression », présage Me Traoré. Tout en s’interrogeant s’il résistera à la pression.
Pour rappel, le 31 juillet 2024 restera une date longtemps gravée dans l’histoire de la Guinée, où la justice a finalement rattrapé Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de l’État, pour son rôle dans les tragiques événements de septembre 2009. Ce procès de Dadis et co-accusé a duré près de 22 mois au tribunal criminel de Dixinn, à Conakry sous la conduite de l’actuel Ministre de la Justice Ibrahima Sory II Tounkara. Il concernait les massacres du 28 septembre 2009, où au moins 156 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors d’un rassemblement de l’opposition dans un stade de Conakry. Ce jour-là, les forces de sécurité, sous le commandement de hauts responsables, dont Camara lui-même, avaient réprimé violemment la manifestation. Cette journée de terreur s’était également soldée par des viols massifs de femmes, avec au moins 109 victimes recensées, constituant des actes qualifiés de « crimes contre l’humanité » par les juridictions internationales et nationales. Condamné à 20 ans de réclusion pour crimes contre l’humanité, l’ex-président (Dadis) sera gracié, le 28 mars 2025, pour « raison de santé » par le chef d’État guinéen, Mamadi Doumbouya.
Le nouveau garde des Sceaux Magistrat est un magistrat chevronné. Il occupait jusque-là les fonctions de président de la Cour d’appel de Conakry, l’une des juridictions les plus importantes de la capitale guinéenne. À ce poste, il s’est notamment illustré par la conduite du procès des événements du 28 septembre 2009, dossier emblématique de l’histoire judiciaire récente de la Guinée.
En présidant les audiences relatives au massacre du 28 septembre 2009, Ibrahima Sory II Tounkara s’est retrouvé au cœur d’un moment judiciaire majeur, longtemps attendu par les victimes et la communauté nationale et internationale. La rigueur de sa conduite des débats et le respect des procédures ont contribué à forger l’image d’un magistrat méthodique.
Désormais à la tête du ministère de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara est attendu sur plusieurs dossiers prioritaires comme partout ailleurs à travers le monde. Il s’agit entre autres de la consolidation de l’indépendance de la magistrature, de l’amélioration de l’accès des citoyens à la justice, de l’assainissement du système judiciaire et de la poursuite des efforts de lutte contre l’impunité.
Toutefois, Me Samory Traoré reste confiant. « Je pense qu’en tant que juge qui a conduit la première phase du procès du 28 septembre 2009, il connaît les garanties d’un procès équitable. Les magistrats, les procureurs de la République et les procureurs généraux sont sous sa responsabilité. C’est là qu’il sera éventuellement évalué », assène Me Traoré.
Le nouveau Garde des Sceaux a les qualités pour être un bon ministre de la Justice, mais l’exercice en est une autre. Saura-t-il répondre aux attentes des Guinéens ? Demain, c’est le jour du marché.
Kémoko Diabaté
