Le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta a reçu, le 19 janvier à Koulouba, les vœux de Nouvel An de la presse malienne. La cérémonie traditionnelle, marquée par la présence de M. Bandiougou Danté, président de la Maison de la Presse (MP), a enregistré la participation de nombreuses organisations professionnelles, dont l’ASSEP, l’URTEL, l’UNAJOM, l’APPEL-Mali, l’UJRM…. Occasion saisie par M. Danté de plaider pour la cause des professionnels de médias.
Selon lui, le Mali à l’instar des autres pays de l’AES fait face à une vague préoccupante de rumeurs ces derniers temps, de fausses nouvelles, de manipulations informationnelles et d’ingérences numériques. Ces phénomènes ne sont ni abstraits ni sans conséquences. Ils nourrissent la méfiance, exacerbent les tensions sociales, brouillent les repères, fragilisent les institutions et minent la confiance entre les citoyens. Face à ce défi majeur, il ne suffit plus d’être réactifs. « Il nous faut être collectivement stratégiques. L’ennemi est clairement identifié, c’est la manipulation et la désinformation. Nous en subissons tous, les effets », a estimé M. Danté, précisant, « journalistes, contraints de défendre l’intégrité de l’information dans un flux numérique incessant. Acteurs de la société civile, dont les actions sont parasitées par des récits toxiques. Responsables publics, dont les initiatives sont systématiquement déformées. Et simples citoyens, désorientés dans leur quête d’une information fiable ». La particularité du péril actuel est claire : le Mali est aujourd’hui la cible d’une campagne de désinformation structurée. Ces fausses nouvelles, ces images manipulées, ces rumeurs savamment orchestrées ne relèvent pas du hasard. Ce sont des armes qui divisent, attisent la haine, fragilisent les efforts de paix et cherchent à ébranler le socle même de notre Nation. Et le président de la MP de souligner l’acteur public doit écouter les alertes citoyennes. La société civile doit, quant à elle, dialoguer avec les médias et les usagers des réseaux sociaux. C’est dans cette convergence des regards que réside notre force. La réponse doit être collective, coordonnée et inclusive. La désinformation se propage vite, mais jamais plus vite que l’union de citoyens conscients et engagés. « Notre ambition n’est pas seulement d’identifier le problème, mais de co-construire des solutions durables, adaptées à nos réalités nationales. La lutte contre la désinformation n’est pas une lutte contre la liberté d’expression. Elle est, au contraire, un combat pour le droit fondamental des citoyens à une information juste, vérifiée et responsable ». Elle est aussi un combat pour la paix, la cohésion sociale et la stabilité. Et Bandiougou Danté de souligner ; « le Mali, notre patrimoine commun, mérite que nous nous mobilisions pour préserver son unité et son avenir. La bataille contre la désinformation est l’une des batailles décisives de notre époque. C’est une bataille pour les cœurs et les esprits. Et c’est une bataille que nous pouvons gagner ».
L’épineuse question d’aide à la presse
Au Président de la Transition, le responsable a souligné l’utilité d’envisager qu’une disposition effective soit mise en place par le ministre des Finances et de l’Économie pour le déblocage de l’aide publique à la presse, cumulée sur les cinq dernières années. Ce travail permettra de donner un souffle nouveau aux acteurs de médias dans leur combat quotidien contre la désinformation et les discours de haine. « Pour accomplir pleinement notre mission de service public, la presse a besoin de moyens humains, matériels, financiers et juridiques. Disons-le avec sincérité : l’adversaire en face est puissamment armé », dira le porte-voix de la presse.
2025, une année épouvante pour la presse
Dans son discours, M. Danté a expliqué que l’année 2025 a été particulièrement éprouvante pour le secteur. La crise énergétique, suivie de la crise du carburant a paralysé de nombreuses rédactions. Des radios se sont tues, les écrans de télévisions au noir. Des kiosques des journaux laissés déserts. La Maison de la Presse, jadis haut lieu de rassemblement et de production intellectuelle, peine aujourd’hui à jouer pleinement son rôle, faute d’électricité, de connexion internet et d’activités génératrices de revenus. Dans ces conditions extrêmes, beaucoup de rédactions ne sont plus viables et ne peuvent garantir des salaires décents à leurs agents. « Depuis plus de deux décennies, notre secteur est régi par des textes qui ne correspondent plus aux réalités actuelles. Nous avons accueilli avec un réel espoir votre décision de créer, au sein de la Présidence de la République, une commission chargée de finaliser la relecture des textes relatifs à la presse. Nous formulons des vœux ardents pour la réussite de cette mission et réaffirmons notre entière disponibilité à y contribuer jusqu’à l’adoption définitive de ces textes », a-t-il confié. Et d’indiquer, « si le nouveau Code de procédure pénale comporte des avancées notables, il constitue, en matière de liberté de la presse, un recul préoccupant ».
La résilience du monde médiatique
Malgré les difficultés évoquées, le président de la MP dira que le secteur des médias a fait preuve d’une remarquable résilience en 2025. Les médias publics comme privés ont été au rendez-vous des grands moments de la Nation ; les travaux sur la Charte nationale pour la paix et la réconciliation ; l’année de la culture que vous avez décrétée ; le Salon international de l’Entrepreneuriat-AES…. Aussi, va-t-il dire, l’année 2025 a vu naître deux initiatives majeures : le Fonds de Solidarité de la Presse (FONSOPRESS) et l’achèvement des travaux relatifs au Conseil des pairs. « Votre implication est essentielle pour accompagner une presse forte, responsable et souveraine, à la hauteur des défis informationnels actuels. Notre École supérieure de journalisme et des sciences de la communication mérite un cadre plus accessible et mieux adapté aux exigences pédagogiques », a-t-il dit au Président de la Transition.
Les assurances du Président Goïta
Prenant la parole, le Président Goïta a rassuré le monde médiatique en réaffirmant la détermination de l’État à protéger les citoyens contre la désinformation sans remettre en cause la liberté de la presse. Il a, à cet effet, rappelé les efforts déjà consentis dans le renforcement de l’arsenal juridique, notamment à travers la loi sur la cybercriminalité et la relecture du Code pénal, afin d’adapter le cadre normatif aux défis contemporains. Aussi présent, le Président du Comité National de l’Égal Accès aux Médias d’État, M. Abdoulaye Sidibé a dénoncé les tentatives d’ingérence géopolitique visant le Mali et, par extension, l’Alliance des États du Sahel (AES). Il a salué la maturité du peuple malien face aux manipulations extérieures et rendu hommage à la rigueur patriotique qui guide l’action du Président de la Transition. Tout comme M. Bandiougou DANTÉ, le Président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), M. Gaoussou COULIBALY, a évoqué les défis majeurs rencontrés par les médias en 2025, notamment la crise du carburant. Il a aussi rappelé le rôle essentiel de la HAC dans la régulation et la protection de l’espace médiatique national.
Mamadou Diarra
