Lutte contre la covid19 et insécurité au Mali : Ce que l’État doit faire

Au Mali, les mesures de lutte contre la propagation de la maladie à Covid19 deviennent une menace pour le travail de beaucoup d’employés. Licencier des jeunes dans des localités où l’insécurité est forte revient à les exposer à la tentation des groupes terroristes.  L’Etat doit envisager d’autres solutions pour garantir l’emploi de ces jeunes.

Depuis 2012, le Mali vit une situation sécuritaire sans précédent.  Du nord du Mali, l’insécurité s’est propagée au centre et une grande partie du sud. C’est en cette circonstance de survie de la nation qu’une pandémie à existence encore douteuse pour certains a fait son apparition pour encore réduire, tout comme les groupes terroristes, les libertés individuelles et collectives des populations. En plus de l’obligation de porter des voiles, pardon, masques, beaucoup d’entreprises ont profité de la situation pour abusivement licencier leurs employés avec un prétexte de chômage technique. Cette situation est en train de devenir une autre source de frustration au Mali, surtout chez certaines personnes qui, après être formés par l’Etat, se sont sentis  abandonnées à leur sort. Ils avaient trouvés refuge dans les groupes de gangs et de dealeurs jusqu’à ce qu’ils soient employés par ces sociétés et entreprises.

De mars 2020 en aout 2021, certains employés ne connaissent plus leur sort au niveau de leur société employeur. C’est le cas de la Compagnie malienne de textile (Comatex-S.A), cette ex-société d’État inaugurée en 1968, dans la région de Ségou qui vit un des pires moments de son existence, à l’instar de beaucoup d’autres sociétés juillet 2020.

Après le départ, des partenaires chinois qui ont arrêté la production pour cause de Covid-19, des milliers de travailleurs vivent le calvaire. Sur place, un ouvrier qui a souhaité garder l’anonymat, selon l’Essor indique que « chaque jour, des petites disputes troublent la quiétude dans mon foyer. Je ne m’entends plus avec ma femme, ni avec mes enfants ». l’interlocuteur précise qu’il est obligé de faire souvent de petits travaux champêtres pour pouvoir joindre les deux bouts. « Parfois, je n’en trouve même pas. J’ai hâte que les travaux reprennent afin de travailler et gagner de l’argent pour subvenir aux dépenses familiales » a-t-il laissé entendre.

Certains de ses collaborateurs considèrent que cette méthode utilisée pour les mettre en chômage est un abus et un mépris. C’est pourquoi d’ailleurs, ces derniers ont intenté un procès contre la direction de la Comatex au niveau du Tribunal du travail de Ségou afin d’obtenir le paiement des arriérés de salaires.

Selon le porte-parole des ouvriers, Adama Traoré dans le quotidien national l’Essor, le chômage technique des travailleurs est sans fondement légal. «Nous sommes toujours des employés de la Comatex. Nous trouvons cette décision de chômage technique illégale. Certains responsables qui sont à l’origine de cette situation, bénéficient toujours de leurs salaires et primes. Cela est illégal», a-t-il indiqué.

Si ces travailleurs ont gagné le procès pour le paiement de leurs arriérées de salaire, il faut rappeler qu’il y en a plusieurs d’autres qui n’ont pas autres choix que de se résigner à leur sort. Une situation qui peut les conduire aussi à vouloir se rendre justice, soit même. Car à côté de la Comatex SA, beaucoup d’autres entreprises vivent la même situation alors que la région est proie à la menace djihadiste.

C’est le cas de Balanzan, une usine de production de sacs pour riz et de sachets plastiques qui employait, à ses débuts en 2018, 200 ouvriers selon l’Essor. Mais à cause de cette pandémie de coronavirus, l’unité industrielle ne tourne qu’avec seulement 70 personnes. Le quotidien national rapporte aussi qu’une autre usine, Ba Mariama, qui produit de l’huile alimentaire, tout le personnel est au chômage puisque ce sont les gardiens qui assurent le service minimum. Cela sans compter des centaines d’autres ouvriers au Mali qui ne souhaitent que la reprise rapide de leurs activités leur permettant de prendre en charge leur famille.

Une mauvaise pratique dans une région où la jeunesse est la proie des groupes armés terroristes sachant que les groupes armés terroristes parviennent de plus en plus à imposer leur loi aux populations sans que ni l’Etat, ni les milices d’auto défense ou encore les partenaires internationaux du Mali ne parviennent à leur en empêcher.

Les conséquences de cette situation sont évidentes et bien visibles par des multiples accords locaux entre les populations et les terroristes pour leur permettre de vivre tranquillement. Donc si l’Etat ne peut rien faire pour protéger les personnes et leurs biens, qu’il ne leur impose pas des désistons d’autres pays qui ne vivent pas la même situation qu’eux.

Issa Djiguiba

Source : LE PAYS

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