En visite de travail et d’amitié à Bamako, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a placé la lutte contre le terrorisme au cœur de sa déclaration. Première visite officielle d’un président en exercice de la CEDEAO depuis la création de la Confédération des États du Sahel (AES), Diomaye Faye privilégie la sécurité régionale plutôt que les divergences institutionnelles.
La visite du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à Bamako intervient quelques semaines après des attaques terroristes contre plusieurs positions des Forces armées maliennes (FAMa), rappelant que l’insécurité demeure l’un des principaux défis auxquels est confronté le Sahel.
C’est pourquoi, les premiers mots du chef de l’État sénégalais étaient un message de solidarité à l’ensemble du peuple malien. Il a présenté les condoléances du Sénégal aux familles des soldats tombés au combat et condamné avec la plus grande fermeté des actes qu’il a qualifiés de « lâches et barbares ». Saluant les sacrifices consentis par le Mali pour restaurer la paix et la sécurité, le président Diomaye Faye a réaffirmé que ce combat qui dépasse désormais le cadre national concerne l’ensemble de la sous-région.
C’est cette conviction qui a d’ailleurs constitué le fil conducteur des échanges avec son homologue malien, le Général d’Armée Assimi Goïta. Longtemps défendue par le Mali, cette visite a ainsi permis de rapprocher les perceptions que le terrorisme est une menace transfrontalière qui ne saurait être efficacement combattue par des réponses isolées.
Profitant de la porosité des frontières, de la mobilité dans l’espace sahélien et des fragilités de certains territoires, les groupes armés continuent d’étendre leur influence bien au-delà des limites administratives des États.
« Ces menaces ne connaissent pas de frontières et se renforcent avec nos divisions », a résumé le président sénégalais. Une déclaration qui traduit la volonté de Dakar de privilégier désormais une réponse collective face à un phénomène dont les conséquences touchent aujourd’hui l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Premier déplacement officiel de Bassirou Diomaye Faye au Mali depuis son accession à la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) cette visite intervient également dans un contexte de divorce consommé entre l’AES qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger et l’organisation régionale.
Sans éluder les divergences qui subsistent entre les deux ensembles, Bassirou Diomaye Faye a choisi de mettre en avant les liens historiques qui unissent Dakar et Bamako. « Le Sénégal et le Mali ont des liens d’amitié et de fraternité historiques », a-t-il rappelé, évoquant une communauté de destin fondée sur la géographie, les échanges humains, les liens de parenté, la culture et une longue tradition de coopération.
Les discussions entre les deux chefs d’État ne se sont toutefois pas limitées aux enjeux sécuritaires. Les deux chefs d’État ont également mis en lumière l’importance des leviers économiques et du développement pour consolider durablement la stabilité régionale. Conscients que la lutte contre le terrorisme ne peut être dissociée des défis liés à l’emploi, aux infrastructures et à la gestion des ressources communes, Bassirou Diomaye Faye et Assimi Goïta ont convenu de renforcer leur coopération dans plusieurs cadres régionaux.
Une posture qui s’inscrit dans une évolution perceptible des relations entre la CEDEAO et l’AES. Car après plusieurs mois de tensions, les deux parties ont engagé des discussions techniques visant à préserver les acquis de l’intégration régionale.
Cette dynamique témoigne d’une volonté commune de maintenir des passerelles de dialogue autour des intérêts partagés.
Au-delà du cadre bilatéral, les deux dirigeants ont annoncé leur volonté de travailler avec leurs homologues à la convocation prochaine d’un sommet consacré à la redynamisation de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). L’objectif : renforcer la coopération monétaire, de dynamiser les échanges économiques et d’améliorer la gestion concertée des ressources hydrauliques du bassin du fleuve Sénégal.
Par cette vision commune, Dakar et Bamako démontrent que le dialogue régional peut continuer de produire des résultats concrets malgré les recompositions politiques en cours.
Isa Djiguiba
