Le centre du Mali, particulièrement la partie exondée de la région de Mopti, traverse la période la plus dure de son histoire. Les terroristes ont réussi à détruire la confiance entre les communautés sœurs qui vivaient paisiblement dans cette localité, mais qui, aujourd’hui, se voient en chiens de faïence à cause de l’amalgame qui a dominé les deux camps. Mais la situation est toujours récupérable. Le retour de la paix et la cohésion sociale entre les différentes communautés est bien possible. Mais pour ce faire, l’État, les associations des différentes communautés, doivent, chacun à son niveau, jouer leur participation.
« La guerre est l’ennemi de tout », nous apprend la sagesse populaire. Cette assertion sied à la situation actuelle du centre du Mali où la guerre a divisé des communautés sœurs, amies.
Manque de confiance entre les populations des différentes communautés, Dogon et Peul précisément
La guerre a rompu la confiance des communautés l’une envers l’autre. Chacun voit en l’autre la base du mal dont elles sont toutes deux victimes. La méfiance a dominé chacune des communautés, selon le sociologue Ali Tounkara. « Aujourd’hui, la confiance n’existe pas entre les différentes communautés. Chacun voit le mal en l’autre », déplore-t-il. Le président de la jeunesse de l’association peule, Tabital Pulaaku, aborde dans le même sens. « Les Dogons et les Peuls se voient en ennemi. Chacun pense que c’est l’autre le problème. On a finalement oublié l’essentiel. Or, toutes ces deux communautés ont un ennemi commun : le terrorisme », pointe-t-il de doigt le mal. Seydou Timbiné, chargé de communication de l’Association malienne pour la protection et la promotion de la culture dogon (GINNA DOGON), un des conseillers à la Mairie de la Commune de Bayes, dans le cercle de Bankass, les déplacés Drissa Guindo et Allaye Bolly, tous interrogés par nos soins, ont déploré la méfiance entre les communautés dogon et peul.
La paix et la cohésion sociale encore possibles
Les difficultés sont certes là, mais elles ont une solution. Le retour de la paix et de la cohésion entre les communautés sœurs du centre, même s’il prendra du temps, est bien possible. C’est la lecture faite par le Sociologue Ali Tounkara. « La cohésion entre les différentes communautés installées au centre peut prendre du temps, mais elle est bien possible », affirme-t-il avant d’ajouter : « les communautés sont condamnées à vivre ensemble ». Et il trouve qu’après le retour normal de la paix, ces communautés peuvent avoir une cohésion « meilleure ». Mais pour cela, dit-il, il faut que chacun, à son niveau, joue son rôle. L’État, selon lui, doit travailler dans la plus grande neutralité, et faire en sorte qu’il y ait plus de justice, d’équité entre les communautés. Aucune des communautés ne doit, à en croire Ali Tounkara, se sentir lésée. Pour le chargé de communication de Ginna Dogon, le retour de la paix est « très facile » si chacun s’y donne. « Les populations du centre sont paisibles. Si chacun joue son rôle, il est facile de faire régner la paix », a laissé entendre Seydou Timbiné. Et le retour de cette paix n’est possible, selon lui, que dans la vérité. « On doit se dire les vérités et se pardonner pour que les cœurs soient désarmés. C’est la meilleure façon de faire revenir la paix », a-t-il insisté. Sur la même question, le président de la jeunesse Tabital pulaaku, Hamandoun Dicko a été on ne peut plus clair :« Même si elle est difficile, la cohésion sociale est possible au centre. Mais il faut le retour de la paix d’abord ».
Les déplacés sont favorables à la paix et prêts à vivre ensemble en toute harmonie. C’est en tout cas ce que nous ont confié Drissa Guindo, un déplacé de Fagoutomoni (commune de Bayes dans le cercle de Bankass) installé à Bankass ville, et Allaye Bolly, un déplacé du cercle de Bankass installé au Garbal de Niamana. « Quand on s’assoit, discute et met fin à la guerre, on va se pardonner et on ira vivre chez nous », estime M. Bolly. Quant à Drissa, lui, il soutient : « Nous ne sommes pas rancuniers. Nous pouvons nous pardonner, mettre fin à la guerre et vivre en paix comme avant. Ce n’est pas impossible ».
Sur le rôle de l’État dans le retour de la cohésion entre les communautés, Hamandoun Dicko et Seydou Timbiné partagent largement l’analyse du sociologue Ali Tounkara. « C’est en luttant contre l’injustice, l’inégalité ; en créant des initiatives contribuant à la lutte contre la pauvreté que l’État pourra faciliter la cohésion entre les communautés au centre du Mali », a affirmé le président de la jeunesse Tabital Pulaaku. Le chargé de communication de Ginna dogon propose, à son tour, à ce que « l’État soit présent partout, pour protéger toutes les populations du centre, travailler dans la justice ».
En plus de l’État, chaque individu, Dogon comme Peul, peut contribuer au retour de la paix et de la cohésion sociale. Cela est possible, selon Ali Tounkara, en abandonnant les préjugés sur l’autre, en se mettant en tête que toutes les différentes communautés ont un ennemi commun : le terrorisme. Pour Hamandoun Dicko, c’est en s’appuyant sur l’amitié que chaque Dogon et chaque Peul peut contribuer à rendre la cohésion sociale possible. « Les Dogons et les Peuls qui sont, malgré la crise, restés amis, peuvent utiliser cette amitié pour rendre la cohésion sociale une réalité ». Quant à Seydou Timbiné, il estime que tout le monde doit tenir un langage de vérité. « Nous devons accepter de nous dire la vérité en face. Que chacun accepte de dénoncer son proche s’il est mauvais, s’il pactise avec le diable », a proposé le chargé à la communication de Ginna dogon.
La culture, vecteur de paix
Pour le Sociologue Ali Tounkara, les associations peules et Dogons peuvent jouer un rôle prépondérant pour le retour de la cohésion sociale à travers la culture. « Les associations Tabital et Ginna dogon doivent organiser des journées culturelles communes dans la partie exondée de la région de Mopti. À travers ces festivités, elles peuvent sensibiliser les populations afin qu’elles acceptables l’une l’autre. Partout, à travers le monde, la culture a toujours été servie pour la paix », a proposé le chargé à la communication de Ginna Dogon, Seydou Timbiné. Le président de la jeunesse Tabital pulaaku aborde, lui aussi, dans le même sens. « Les activités culturelles communes de ces associations pourront apaiser les cœurs et rendre possible la cohésion sociale », a-t-il laissé entendre.
La paix et la cohésion sociale sont donc possibles entre les communautés peules et Dogons au centre du Mali, si chacun joue son rôle.
Boureima Guindo
Source : LE PAYS
