Téléphone en main, caméra activée, publication quotidienne : l’influence est devenue un rêve pour une partie de la jeunesse. Entre recherche de visibilité, espoir de revenus et désir de reconnaissance, les réseaux sociaux transforment progressivement notre conception de la réussite professionnelle.
À Bamako comme ailleurs, il suffit parfois d’ouvrir son téléphone pour croiser une multitude de visages familiers ou devenus célèbres grâce aux réseaux sociaux. Une vidéo humoristique, une danse, un conseil, une opinion ou simplement une tranche de vie peuvent attirer des milliers de vues. Peu à peu, le nombre d’abonnés semble devenir une nouvelle mesure de la réussite.
Autrefois, lorsqu’on demandait à un enfant ce qu’il voulait devenir, les réponses revenaient souvent : médecin, enseignant, journaliste, avocat ou fonctionnaire. Aujourd’hui, une nouvelle réponse s’impose : « Je veux devenir influenceur. » Une profession qui, pour certains, semble offrir célébrité, liberté et revenus sans passer nécessairement par le parcours professionnel classique.
Mais derrière les vidéos soigneusement préparées et les publications qui donnent parfois l’impression d’une vie parfaite, une question mérite d’être posée : que signifie réellement être influenceur ?
Être visible ne signifie pas forcément être professionnel. Produire régulièrement du contenu demande pourtant du travail : trouver des idées, filmer, monter, communiquer avec son public, respecter certaines règles et construire une relation de confiance avec son audience. L’influence peut donc devenir une véritable activité professionnelle lorsqu’elle repose sur des compétences et une démarche sérieuse.
Le problème apparaît lorsque la popularité devient l’objectif principal. Certains jeunes peuvent finir par croire que le nombre de « likes », de vues ou d’abonnés constitue à lui seul une preuve de réussite. La course à la visibilité peut alors prendre le dessus sur la formation, l’apprentissage d’un métier ou la construction d’un projet durable.
Pour autant, il serait injuste de présenter les réseaux sociaux comme un simple danger. Ils offrent aussi de nouvelles possibilités. Un jeune peut y faire connaître son talent, vendre ses produits, développer son activité, partager son savoir ou toucher un public qu’il n’aurait jamais atteint autrement.
La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir s’il faut devenir influenceur ou non. Elle est plutôt de savoir ce que l’on veut construire derrière l’écran. Car la célébrité peut attirer les regards, mais elle ne remplace ni les compétences, ni le travail, ni la persévérance.
À l’heure où chacun peut devenir créateur de contenu avec un simple smartphone, le véritable défi pour la jeunesse est peut-être de ne pas confondre être vu avec avoir réussi. Les abonnés peuvent augmenter rapidement. Une carrière solide, elle, demande généralement beaucoup plus de temps.
Sira Kamissoko, Stagiaire
