À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains, célébrée le 30 juillet, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) met en garde contre une nouvelle forme de traite des personnes qui se développe en Afrique de l’Ouest et du Centre. Des réseaux criminels attirent des victimes à travers de fausses offres d’emploi avant de les contraindre à participer à des escroqueries en ligne.
Les réseaux de traite des êtres humains adaptent leurs méthodes. Longtemps observée en Asie du Sud-Est, l’exploitation de victimes dans des centres d’arnaques en ligne prend désormais de l’ampleur en Afrique de l’Ouest et du Centre. C’est le constat dressé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un communiqué publié à Dakar, le 30 juillet, à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains.
Selon l’organisation, les trafiquants utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour diffuser de fausses offres d’emploi à l’étranger. Une fois recrutées, les victimes voient souvent leurs documents d’identité confisqués, sont placées sous surveillance, endettées de force et contraintes de participer à des opérations d’escroquerie sur Internet.
Des méthodes de plus en plus sophistiquées
Pour l’OIM, cette nouvelle forme de criminalité repose sur les mêmes mécanismes que les formes traditionnelles de traite : tromperie, coercition et exploitation. Les trafiquants continuent notamment d’utiliser des visas touristiques à la place de permis de travail, tout en imposant des situations de servitude pour dette.
« Qu’une personne soit exploitée dans un foyer, une ferme, une mine, dans la rue ou derrière un écran, elle est victime de traite dès lors que la coercition, la tromperie ou l’abus sont en jeu », affirme Sylvia Ekra, directrice régionale de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Elle insiste également sur la nécessité de protéger les victimes : « Les personnes contraintes de participer à des arnaques ont besoin de protection et d’accompagnement, non de stigmatisation. »
Une traite qui se développe aussi à l’intérieur du continent
Contrairement aux idées reçues, la traite des personnes ne se limite pas aux routes migratoires vers l’Europe ou les pays du Golfe. Les données de l’OIM montrent qu’entre 2017 et 2026, quatre des dix principales destinations des victimes assistées par l’organisation se trouvaient en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Cette réalité confirme qu’une part importante de la traite s’effectue désormais à l’intérieur même du continent africain.
Plus de 1 500 victimes assistées en 2026
Au 16 juillet 2026, l’OIM avait déjà pris en charge 1 513 victimes de traite dans la région, dont 1 022 femmes et 491 hommes.
Les femmes, qui représentent près des deux tiers des victimes, sont principalement exposées à l’exploitation sexuelle, à la servitude domestique et au mariage forcé. Les hommes et les garçons sont davantage victimes de travail forcé, de mendicité forcée, d’exploitation dans les mines et l’agriculture, mais aussi, de plus en plus, de recrutement forcé dans les réseaux de criminalité en ligne.
Depuis 2017, l’organisation a assisté 12 308 victimes, dont 3 185 hommes.
Renforcer la protection tout au long des parcours migratoires
Pour Sylvia Ekra, la lutte contre la traite ne peut se limiter aux frontières.
« Les réseaux de traite opèrent à travers les frontières, les corridors, les communautés, les espaces numériques et les marchés du travail. La protection ne peut s’arrêter à une frontière ou à un point de retour », souligne-t-elle.
Elle plaide pour « une approche fondée sur les routes », permettant d’identifier et d’accompagner les personnes vulnérables à chaque étape de leur parcours grâce à des mécanismes d’orientation, une assistance juridique, un hébergement sécurisé, un soutien psychosocial, ainsi qu’un retour volontaire et une réintégration lorsque cela est possible.
Prévention et accompagnement des victimes
En Afrique de l’Ouest et du Centre, l’OIM travaille avec les gouvernements, les organisations de la société civile et les communautés afin de renforcer les dispositifs de protection des victimes et des migrants vulnérables.
À travers ses centres de transit, l’organisation fournit une assistance juridique, un appui à la documentation, des services de santé, un soutien psychosocial ainsi qu’un accompagnement au retour volontaire et à la réintégration.
Parallèlement, l’OIM agit sur les causes profondes de la traite en soutenant la formation professionnelle, l’entrepreneuriat, le développement des compétences des jeunes et les moyens de subsistance. Des campagnes de sensibilisation sont également menées auprès des communautés, des écoles, des médias et des autorités locales afin d’informer les populations sur les risques liés aux recrutements frauduleux, aux arnaques en ligne et à la migration irrégulière.
Pour l’organisation, dans une région où la mobilité constitue un levier essentiel de développement économique et social, la lutte contre la traite des personnes doit désormais reposer sur une approche transrégionale plaçant la protection des victimes au cœur des politiques publiques.
Tioumbè Adeline Tolofoudié
