Zéni Traoré, jeune auteure de « Prénoms bambara » : « Le déclic est venu d’un exposé sur les Ruchers de la capitale de Ismaïla Samba Traoré »

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

Zeni Traoré publie « Prénoms bambara » chez les éditions La Sahélienne en juillet 2019. Ce livre est le fruit de longues recherches entamées depuis qu’elle faisait la classe de 9e année. Dans cet entretien que nous avons eu avec elle, Zeni nous explique comment elle a réussi ce projet et quelles en sont les raisons.

 Zeni est originaire de Kolokani Koumbi et Niarra. Elle est passionnée de lecture et d’écriture. Nous avons mis en encadré dans le texte les témoignages du directeur des éditions La Sahélienne sur l’auteure et le livre.

Le Pays : qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans l’écriture ?

Zéni Traoré : le déclic est venu d’un exposé lorsque je faisais la classe de 9e année. Je devrais exposer avec sept autres filles « Les ruchers de la capitale » de Ismaila Samba Traoré. Après cette épreuve, M. Ismaila m’a fait savoir qu’il avait besoin de la signification de quelques prénoms bambara. Du coup, je lui ai apporté une double feuille remplie de ces prénoms. Après avoir lu mon énumération, il m’a fait savoir qu’il souhaitait que j’en fasse un livre. Il m’a dès lors conseillé d’aller au village pendant les vacances pour murir mes recherches. C’est ce qui a abouti à ce résultat que nous avons entre les mains aujourd’hui. 

Voici le témoignage de l’auteur de “Les ruchers de la capitale sur sa rencontre avec la jeune auteure : “J’ai rencontré mademoiselle Zéni Traoré pour la première fois en 2011. Elle était chargée par son collège d’organiser un exposé sur mon roman Les ruchers de la capitale, qui figure au programme des écoles maliennes.”

Évidemment, vous êtes auteure de « Prénoms Bambara ». Pourquoi ce titre ?

La première raison s’explique par une volonté de découverte de soi. Lorsque je suis arrivée à Bamako en 2004, on n’arrêtait pas de me poser des questions sur mon prénom. J’étais incapable d’apporter une réponse satisfaisante. Maintenant, à travers ce livre, on connaît le sens de ce prénom. Mon «  » signifie la cinquième fille d’une femme.

L’autre raison est la volonté de sauvegarde de nos patrimoines en péril. Aujourd’hui, il y a moins de vieilles personnes qui connaissent le sens des prénoms bambara a posteriori les jeunes. Face à cette situation, il me fallait agir pour redonner vie à ces patrimoines immatériels.

Il faudrait reconnaitre que les prénoms bambara sont aussi des principes de laïcité qu’il importe de préserver. Car en milieu Bambara, nous avons des prénoms non islamiques. Aujourd’hui, la christianisation ou l’islamisation de nos sociétés ne doit pas consumer ces patrimoines. Mais plutôt cohabiter avec eux.

Son éditeur précise le contexte de publication de cet ouvrage : “Dans le contexte de 2012, caractérisé par la montée de l’extrémisme religieux, notre volonté de mettre l’accent sur cette recherche constituait un défi, idéologique et militant, un engagement à s’opposer à l’aveuglement des extrémistes.”

En milieu Bambara, nous avons des prénoms de l’ordre de naissance. Pour le garçon, on a Ndji qui signifie le premier fils de la famille, Zan qui renvoie au deuxième fils. Pour les filles, la première est nommée Nyélé et la deuxième Nya, etc. Il y a même des prénoms qui renvoient à un état d’âme : Alason qui signifie Dieudonné ; Alassé qui signifie la puissance divine. Chaque prénom a une signification précise en milieu bambara.

Avez-vous rencontré des difficultés au cours de vos investigations ?

Les difficultés, oui. Surtout sur le terrain. Je n’étais qu’une jeune fille qui voulait connaître ce que les vieux ne connaissent pas. Pour avoir ce dont j’avais besoin, il faut avouer que ça n’a pas été un travail aussi facile.

Sur le plan financier, je n’ai pas eu trop de problèmes, puisque c’est Ismaïla Samba Traoré qui m’a beaucoup appuyé.

Voici une note de son éditeur, Ismaïla Samba Traoré, au sujet de ce livre: “Pendant la crise de 2012, l’invasion du nord du Mali par les groupes extrémistes a été caractérisée dans les zones sous occupation par la prohibition, aveugle et sans discernement, de tous les éléments de patrimoine non islamique, de tous les modes de vie et pratiques récréatives [ndlr]. J’ai fait appel à Zéni pour l’impliquer dans les activités jeunesse visant à favoriser l’intégration entre jeunes déplacés des régions sous occupation djihadiste et les jeunes adolescents des autres régions du Mali”.

Comptez-vous poursuivre le même chemin dans d’autres localités du Mali, ou il y a d’autres projets en cours différents de cette découverte de soi ?

Pourquoi pas. On ne sait jamais.

Comment se procurer du livre ?

Le livre est disponible à La Sahélienne, à la librairie Harmattan. Les lecteurs peuvent s’en procurer également auprès de moi-même.

Quel appel lancez-vous à vos camarades élèves et étudiants ?

Je les invite à lire et à faire des recherches sur leurs origines. C’est important. Car comme dit un penseur, la connaissance de soi est la meilleure des connaissances. Alors, allons à la découverte de nous-mêmes afin de sauvegarder nos patrimoines.

“Le travail de notre jeune chercheuse présente un intérêt pour la refondation de la mémoire. Aujourd’hui, les nouvelles générations ont perdu la mémoire, par la faute des parents, …Peu de gens baptisent aujourd’hui les enfants avec les prénoms traditionnels. [ndlr] Ce travail présente donc un intérêt pour la revalorisation de la culture et du patrimoine immatériels de nos sociétés [ndlr]”, dixit Ismaïla Samba Traoré.

Réalisée par Fousseni Togola

Source : LE PAYS

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *