Centrafrique : trois casques bleus blessés dans une nouvelle explosion au nord-ouest

Trois Casques bleus de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique – MINUSCA ont été blessés dont deux grièvement suite à l’explosion d’un engin explosif non identifié au passage de leur véhicule dans le nord-ouest du pays. C’était le vendredi 31 décembre 2021, a annoncé ce 1er janvier le communiqué de la MINUSCA.

Dans un communiqué rendu public, ce samedi 1er janvier 2022, la mission onusienne en Centrafrique – MINUSCA a indiqué la blessure de trois casques dont deux grièvement dans une explosion survenue vendredi dans le nord-ouest du pays. C’était lors du passage de leur véhicule à Bohong, localité située entre Bocaranga et Bouar.

« Les trois Casques bleus faisaient partie d’un convoi du contingent bangladais qui effectuait une patrouille de protection des populations, sur l’axe Bouar-Bocaranga, quand l’explosion est survenue. Les deux blessés graves ont été transportés par hélicoptère à Bouar pour y être soignés à l’hôpital de la MINUSCA », annonce la mission onusienne dans son communiqué.

En effet, l’explosion de cet engin explosif a eu lieu 24 heures après celle survenue dans le sud-ouest de la RCA, au cours de laquelle trois soldats de la paix tanzaniens ont été blessés, portant à trois le nombre d’incidents avec des engins explosifs ayant touché des Casques bleus de la MINUSCA en 2021. De nombreux Centrafricains ont également été tués ou blessés dans les explosions de ces engins explosifs dans différentes parties de la RCA, lit-on dans le communiqué.

Par ailleurs, la mission des Nations Unies en République Centrafrique a annoncé dans son communiqué que des Casques bleus tanzaniens, qui tentaient de récupérer le véhicule touché par l’explosion du jeudi, ont essuyé des tirs d’éléments armés non identifiés, qui ont pris la fuite avec la riposte vigoureuse des Casques bleus. Un soldat de la paix a été légèrement blessé par balle lors de l’incident.

Une crise sécuritaire complexe

La crise centrafricaine est complexe car elle est à la fois le produit d’évolutions récentes, liées notamment à l’exercice du pouvoir de l’ancien président François Bozizé et aux promesses non tenues du dialogue politique inclusif de 2008, et de 30 années de mauvaise gouvernance au cours desquelles l’État s’est effondré, l’économie s’est atrophiée, et les groupes armés ont prospéré dans des territoires historiquement marginalisés par le pouvoir à Bangui. Cette nouvelle crise est l’aboutissement du déclin du pays qui dure depuis plusieurs décennies. L’État a été mis sous perfusion par les bailleurs traditionnels dans l’unique but, assumé, de payer les salaires des fonctionnaires. Les services sociaux ont été quasi exclusivement sous-traités aux organisations humanitaires sur l’ensemble du territoire, et la sécurité elle-même était confiée aux différentes forces étrangères. Selon une expression tristement célèbre en RCA, « l’État s’arrête à PK12 », c’est-à-dire à la périphérie de Bangui. Dans ce contexte, l’isolement, depuis 2012, du président Bozizé et la perte de ses soutiens régionaux ont ouvert un boulevard à la coalition de l’opposition, la Seleka, qui n’a même pas eu à combattre une armée centrafricaine fantomatique pour s’emparer du pouvoir.

Père de l’indépendance centrafricaine, l’abbé Bathélemy Boganda pensait qu’aucun territoire de l’Afrique-Équatoriale française (AEF) ne pourrait constituer un État viable sans regroupement au sein d’une fédération. Aujourd’hui, ses aspirations sont bien évidemment caduques mais sa prophétie s’est malheureusement réalisée dans le cas de la RCA où l’État central tel qu’il existe ne centralise plus rien. La faillite de ce dernier et la mauvaise gouvernance ont provoqué le départ de nombreuses entreprises, tué une économie productive au profit d’une économie de prédation pratiquée à la fois par les gouvernants et par les groupes armés. Dans un tel contexte de pauvreté généralisée et d’absence d’État, ceux-ci bénéficient d’une main-d’œuvre abondante pour mener leurs actions. Ils continuent de fait à contrôler des territoires entiers et, dans le cas de la Seleka, à vivre du commerce des diamants.

Ibrahim Djitteye

Source : LE PAYS

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