Avec l’entrée en vigueur des nouveaux textes pénaux en République du Mali sous les autorités de la Transition, toute pratique relative à l’esclavage par ascendance demeure formellement bannie et sanctionnée. Même si l’existence de ces textes juridiques semble largement contribuer à diminuer la pratique dans plusieurs zones, tel n’est visiblement pas le cas pour certains habitants de Bakamagougou Sacko, commune rurale de Madiga-Sacko, dans le cercle de Diéma.
Des pratiques identiques à l’esclavage par ascendance semblent refaire surface au vu et au su des autorités compétentes de la zone, notamment la mairie, la justice et les autorités coutumières et religieuses. C’est du moins ce qui ressort des dénonciations provenant d’un habitant. Selon une source locale de la zone, un jardin supposé appartenir à une famille qualifiée d’esclave a été, pour la troisième fois consécutive, détruit par des gens considérés comme maîtres de la zone. La première destruction, datant de 2018, a été signalée et dénoncée aux autorités compétentes et à la justice. Les deux autres, constatées au cours de cette année, ont également été signalées à la justice. Malgré tout, les auteurs, coauteurs et complices restent loin d’être inquiétés. C’est du moins ce qu’a annoncé un responsable de la zone. Dans un témoignage, M. Diankaly Cheicknè déclare : « La première destruction du jardin faisant l’objet des mésententes s’est déroulée en 2018. Le 19 mai 2026, la seconde destruction dudit jardin a eu lieu à la suite des menaces. Le 16 octobre 2026, le même endroit a également été détruit. » Il ajoute : « Nous avons saisi la justice de Diéma à la suite de chaque cas. » Selon ce responsable engagé contre l’esclavage par ascendance, les auteurs de ces différents actes n’ont jamais répondu aux convocations de la justice. « Ils se font représenter par l’adjoint au maire, le nommé Sanga Sacko, dit Tata N’Diaye Sanga. En 2018, c’est lui qui a ouvertement dit aux habitants de détruire ce jardin, en leur assurant qu’il n’y aurait aucune conséquence », apprend-on de M. Diankaly, visiblement en colère. Selon lui, l’adjoint au maire de la zone semble être au-dessus de la loi. « Nous avons appris que l’ancien maire du District de Bamako, Adama Sangaré, a été jugé et condamné à dix ans de prison. Mais l’adjoint au maire de la commune rurale de Madiga-Sacko n’arrive pas à être inquiété face à ses actes. Serait-il au-dessus de la loi ? Pourquoi la justice de Diéma n’arrive-t-elle toujours pas à le juger pour ses actes ? », s’est-il interrogé, interpellant les autorités de la Transition, notamment le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, afin qu’elles analysent cette affaire qui prévaut toujours dans la zone. Les pratiques en lien avec l’esclavage par ascendance ne se limiteraient pas à ce seul acte. Une femme mariée aurait également été victime de la même situation dans la zone. Battue par d’autres femmes qui se seraient fréquemment moquées d’elle à la suite de son mariage avec un homme considéré comme noble ou maître, elle aurait porté l’affaire devant les autorités compétentes. Mais le dossier n’aurait également connu aucune suite, selon le même responsable.
Diarra Mamadou
