La hiérarchie militaire de l’Afrique de l’Ouest francophone vient de connaître un bouleversement majeur. Selon le classement 2026 du cabinet américain Global Firepower, référence mondiale en matière d’évaluation des capacités militaires, le Mali s’impose désormais comme la première puissance militaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, détrônant la Côte d’Ivoire qui occupait traditionnellement cette position de leader sous-régional.
Sur l’échiquier continental, le Mali se classe 17e parmi 38 pays africains évalués, un rang qui le place loin devant la Côte d’Ivoire, désormais reléguée à la 20e place. Dans l’espace élargi Cedeao-AES, qui réunit les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et ceux de l’Alliance des États du Sahel, le Mali se positionne comme la deuxième puissance militaire de la zone, juste derrière le Nigeria, seul pays ouest-africain classé dans le top 5 continental.
Cette ascension n’est pas le fruit du hasard. Elle traduit une politique d’investissement militaire soutenue, engagée depuis l’arrivée au pouvoir du Général d’Armée Assimi Goïta en 2020. Confronté à une menace terroriste persistante et à un environnement géopolitique régional sous tension, le Mali a multiplié les acquisitions stratégiques : drones de reconnaissance et de combat, véhicules blindés, hélicoptères de transport et d’attaque, ainsi que des avions de chasse. Cet effort de modernisation a porté le budget national consacré à l’armement au-delà du milliard de dollars américains, un seuil symbolique pour un pays de la région.
Le classement Global Firepower confirme par ailleurs la position du Mali face à ses voisins immédiats de la Confédération AES. Le pays devance largement le Niger, classé 26e sur le continent, ainsi que le Burkina Faso, 30e, ses deux partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel. Plus largement en Afrique de l’Ouest, le Mali surclasse également la Mauritanie (28e) et le Sénégal (29e), confirmant une montée en puissance qui dépasse le seul cadre de l’UEMOA.
À l’échelle du continent, le podium reste dominé par l’Égypte, l’Algérie et le Nigeria, qui occupent respectivement les trois premières places africaines, suivis de l’Afrique du Sud et de l’Éthiopie. Cette nouvelle donne militaire intervient dans un contexte où les trois pays de la Confédération AES affichent une volonté commune de renforcer leur souveraineté sécuritaire, comme en témoignait récemment la réunion des ministres des Affaires étrangères tenue à Bamako, au cours de laquelle les autorités sahéliennes ont réaffirmé leur détermination à consolider leurs capacités de défense face aux menaces terroristes régionales.
Kémoko Diabaté
